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Publié par Saoudi Abdelaziz

A la grande Poste, le 12 juillet dernier. Photo DR

A Rabat, Londres, Tunis, Paris, Marseille et dans d'innombrables autres villes de la planète, les citoyens manifestent en nombre considérable pour les Palestiniens. Dans une Algérie pourtant profondément solidaire, ce soutien semble s'exprimer chichement sur la place publique.

C'est par dizaines ou par centaines au mieux que l'on dénombre les participants aux rassemblements. Les Algériens hésitent à s'exprimer dans les rues, dans un contexte de léthargie diplomatique du pouvoir, de sous-organisation populaire et de restriction du droit de manifester en dépit de la levée sur le papier de l'Etat d'urgence. Cette triple contrainte à l'expression collective en faveur de Gaza, sur la place publique, n'a pas fait l'objet de commentaires dans nos journaux: la rareté et la faiblesse des rassemblements  leur apparaissent "normales". Le chroniqueur du Quotidien d'Oran, Kamal Daoud semble donc sur une autre planète lorsqu'il enfonce quotidiennement le clou ces derniers jours sur le risque de dépassements antisémites ou religieux des manifestations et sur l'utilité même de se rassembler. Ce matin, sa chronique continue de patauger dans les rues vides de nos villes.

Mais peut-être le chroniqueur s'adresse-t-il d'abord à ses lecteurs de Paris qui, après Barbès samedi dernier, s'apprêtent à remettre ça tout à l'heure, sous le lion de bronze vert de la place Denfert Rochereau? Il leur conseille sur le mode de la dérision docte :  "Exprimer sa solidarité par des manifs est louable, beau, solidaire et honorable selon la notice. Tant que cela ne devient pas une fin en soi, comme c'est le cas chez nous, une limite à soi et un moyen de violence sur les siens ou sur les différents. Car quand la guerre-canapé finit, ainsi que le canapé-manif, tout le monde rentre chez soi. Sauf les Palestiniens." A ceux qui se sont quand même donnés en spectacle, il recommande : "La guerre-marche deviendra utile quand, juste après la guerre, on pense à investir le monde et ses réseaux, les capitaux, les médias les puissances, les finances, les économies, les démocraties et les scènes pour parler juste et aider mieux".

A Paris, François Hollande a tenté vainement d'interdire "la guerre-marche". En l'Algérie, l'Etat d'urgence de facto continue de vider nos rues. Quant aux Algériens, ils n'ont toujours ni "canapé manif", ni monde à investir. Enfin, presque tous les Algériens.

S. A, 23 juillet 2014

 

Alger et Ghaza

Par Slimane Laouari, 23 juillet 2014

Les Algériens «pourront éventuellement» organiser des marches de solidarité avec les palestiniens soumis à d’insoutenables bombardements à Ghaza, dans toutes les villes du pays, y compris dans la capitale. Au regard de la formulation de l’information et du ton prêté au premier ministre Abdelmalek Sellal dans l’annonce de sa disponibilité à autoriser ces manifestations dans la capitale, on aura remarqué que ce n’était donc pas évident et que seule la nature de la cause à soutenir et l’indéfectible engagement de l’Etat algérien aux côtés des Palestiniens ont fini par arracher cette concession qui n’a donc pas été facile à accorder ! Il faut dire que c’est tout de même embarrassant pour les autorités. D’abord de n’avoir pas pris les devants, elles qui ne devraient supporter aucun concurrent sur ce terrain précis.

Et de n’avoir fait qu’ «autoriser» le déroulement de manifestations dont l’initiative a été prise ailleurs. Ensuite d’avoir tout simplement… autoriser ce qui était censé dans l’ordre naturel des choses sur la terre de la «Mecque des révolutions». Enfin, le dernier embarras dont il… ne faut surtout pas parler : personne ne demandera aux autorités algériennes pourquoi elles autorisent des manifestations de solidarité avec la Palestine et interdit une marche contre la violence à Ghardaïa ! Certainement pas Louisa Hanoune. C’est apparemment la patronne du parti des travailleurs qui aurait «arraché» cette autorisation, et c’est elle qui le dit : «J’ai sollicité personnellement le Premier ministre sur cette question.

 Je lui ai signifié que l’Algérie ne devrait pas rester en marge de la mobilisation qui a lieu partout dans le monde pour dénoncer les agressions et les crimes commis contre le peuple palestinien», a confié Louisa Hanoune en marge de la clôture de l’université d’été de son parti à Zéralda.

Personne ne lui a demandé comment fait un leader politique qui a fait de la «levée de l’état d’urgence» son cheval de bataille quand le terrorisme mettait à feu et à sang l’Algérie, et seulement «solliciter» le premier ministre pour autoriser une marche de solidarité avec la Palestine, mais les choses étant au point où elles sont, ça doit aussi faire partie des choses dont il ne faut pas parler. Ils se peut bien qu’elle n’ait même pas demandé cette autorisation pour les initiatives autonomes qui viendraient d’autres pans de la société, puisqu’elle dit qu’elle tiendra une réunion avec M. Sellal «afin d’examiner le volet ayant trait à l’encadrement et à l’organisation de ces marches» !

Il se peut même qu’embarrassées de ne pouvoir être à l’initiative pour toutes ces raisons et d’autres encore, les autorités ont dû actionner leur périphérie immédiate où Louisa Hanoune occupe une place dans le premier carré. Sinon, il faudra peut-être apprécier ce commentaire d’un confrère sur un réseau social : «L’Algérie est le seul pays où les citoyens demandent aux autorités de leur organiser des marches de solidarité avec Ghaza, comme on demande du travail et des logements». Un commentaire qui se passe de commentaire.

Le Temps d'Algérie
 

Photo DR

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