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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Les femmes libres de leurs mouvements étaient peu nombreuses. Aujourd’hui, la cause des femmes a acquis une légitimité telle qu’elle s’est étendue à toutes les sphères de la société (...). Même nos revendications plus radicales pour l’abrogation du code sont connues par plus de monde. Mais il est difficile de réussir car la société n’est pas encore revenue de la vague obscurantiste des années 1990".
 

Soumia Salhi. Syndicaliste et membre de l’Association pour l’émancipation de la femme:

 

«La sensibilisation à la cause des femmes s’est étendue à de larges secteurs»

 

Soumia Salhi, syndicaliste et militante de l’Association pour l’émancipation de la femme, évoque, dans l’entretien qu’elle nous a accordé, la lutte du mouvement féminin pour les droits des femmes.

Propos recueillis par Salima Tlemçani, 9 juin 2014

 

Il y a 30 ans, alors que le pays était dirigé d’une main de fer par le parti unique, des féministes ont réussi à manifester dans la rue contre le code de la famille qui était en débat à l’APN. Que sont-elles devenues aujourd’hui ?

A dire vrai, nous étions quelques dizaines devant l’APN en 1981. L’appui des moudjahidate nous a évité la répression. Nous étions quelques poignées dans les quatre grandes villes. Les années 1980 ont vu les luttes féministes s’articuler autour de mesures discriminatoires et de textes de loi qui tentaient de brider les élans d’émancipation des Algériennes. Ces premières formes d’organisation ont vu le jour dans l’université algérienne à travers des comités de lutte, des activités d’étudiantes, des groupes de travail et de parole.

Résultat de la scolarisation massive, cette catégorie de femmes, alors jeunes et qualifiées, revendiquait sa citoyenneté par l’accès aux études, au travail, aux droits juridiques et à la pénalisation des violences. La revendication de l’égalité était donc minoritaire dans la société ; elle était confinée dans des cercles restreints qui commençaient à rompre le silence. Les femmes libres de leurs mouvements étaient peu nombreuses. Aujourd’hui, la cause des femmes a acquis une légitimité telle qu’elle s’est étendue à toutes les sphères de la société. Nous n’étions pas dans la situation d’aujourd’hui. Maintenant, il y a de nombreuses femmes dans les administrations, dans la presse, à l’université... La sensibilisation à la cause des femmes s’est étendue à de larges secteurs malgré la décennie islamiste. Beaucoup d’animatrices de l’époque continuent à militer dans des associations féministes, dans les syndicats.

 

Pourtant, elles semblent absentes sur le terrain alors qu’elles étaient plus actives avant, notamment durant les années 1990...

En 1990, la floraison d’initiatives pour le droit des femmes s’est transformée en cadre de résistance contre l’intégrisme avec une forte médiatisation. Il y a aujourd’hui une multitude d’associations, de projets, de rencontres… Il doit y avoir près d’une vingtaine de centres d’écoute. Même les institutions ont leur discours sur les thèmes de la violence, de l’accès des femmes au logement, à l’emploi… Malheureusement, alors même que la cause des femmes est reconnue légitime par la société toute entière, le militantisme des féministes issus de la gauche est remplacé, le plus souvent, par des activités autour de projets financés par des ONG, parfois par l’Etat.

Pensez-vous qu’il y a un problème de relève, d’usure ou de contexte politique qui lamine toute lutte pour les libertés et les droits ?

Déjà durant les années 1970 et 1980, nous avions posé, à l’université, les problèmes de principe tels que l’abrogation du code du statut personnel, de la liberté de circuler, de l’accès au logement… Dans les années 1990, nous avions certes imposé la suppression des procurations pour un droit de vote effectif, mais nos revendications précises sur les droits des femmes dans la famille se sont heurtées à la vague rétrograde qui a saisi la société. Nous nous sommes retrouvées dans un rôle défensif précieux, notamment en ce qui concerne l’accès à l’espace public. Dans les années 2000, l’accès massif des femmes au travail a déplacé le centre de gravité. Beaucoup plus de femmes sont impliquées dans des activités qui font avancer la question du harcèlement sexuel, celle de l’accès à la promotion… Même nos revendications plus radicales pour l’abrogation du code sont connues par plus de monde. Mais il est difficile de réussir car la société n’est pas encore revenue de la vague obscurantiste des années 1990.

Pourquoi les nouvelles générations s’impliquent-elles de moins en moins dans les débats sur les droits des femmes ?

Il y a un contexte politique national particulier. Les contestations sont très radicales, mais elles sont ponctuelles. Les luttes très nombreuses ne débouchent pas au plan politique parce que les propositions de changement politique radical des années 1990 ont tourné au cauchemar intégriste. Les jeunes femmes occupent le terrain et élargissent leurs droits, mais le combat frontal sur le code qui codifie des pratiques millénaires et assure la permanence de l’oppression des femmes n’est pas pris en charge, car la société revient de loin.

 

Source: El Watan

 

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