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Publié par Saoudi Abdelaziz

Jusqu'à son arrestation au lendemain du coup d'Etat du 19 juin 1965, Bachir Hadj Ali, sécrétaire du parti communiste (interdit depuis novembre 1962), a activement soutenu la renaissance culturelle du pays après l'indépendance, combat qu'il avait déjà activement mené avant et pendant la guerre de libération. Poète, il a soutenu et popularisé les créations des jeunes poètes algériens. Bachir était aussi un musicologue reconnu, proche des grands maitres, du chaâbi comme Hadj M'hamed El Anka, de l'andalou comme Sid Ahmed Serri. Ces deux musiciens venaient d'ailleurs volontiers illustrer musicalement les conférences de leur ami. Ce fut le cas lors de la fameuse conférence du 6 février 1964 à la salle Ibn Khaldoun dont le site Socialgerie publie le compte-rendu qu'en avait fait Alger Républicain.

 

La conférence de Bachir Hadj Ali

Alger Républicain, 7 février 1964

 

Organisée par l’Union nationale des Etudiants algériens et l’Union des Ecrivains algériens, une manifestation culturelle qui sera sûrement appelée à avoir un retentissement sur la renaissance de notre musique nationale, a eu lieu hier soir à la salle Ibn Khaldoun. L’importance du thème « Qu’est-ce qu’une musique nationale » a d’ailleurs attiré un public tel que la salle s’est vite révélée trop petite. Avant de donner la parole au conférencier, le vice-président de l’UNEA, Nourredine Zenine place la conférence dans son contexte.« Il est un fait qu’il ne peut y avoir de révolution socialiste sans révolution culturelle. Or la musique est une des composantes de la culture. Depuis quelques temps un débat s’instaure : qu’est-ce qu’une musique nationale ? Quels sont les corollaires ? Qu’implique-t-elle? Voila quelques unes des questions qui se posent sans cesse. C’est pour avoir une base de discussion et de réflexion que nous avons organisé cette conférence qui se place sous le signe : le combat pour la culture nationale révolutionnaire ouverte à l’apport de la culture universelle".

Bachir Hadj Ali prend ensuite la parole. Sa conférence fut marquée, au départ, par l’historique qu’il fit de la musique nationale. Successivement, il retraça les différentes influences, les divers modes qui ont concouru à son existence.

Les chants populaires

Et Hadj Ali de faire la distinction entre la musique religieuse et musique profane. Au sujet de la première, il rappelle les occasions auxquelles on y avait recours telles les veillées funèbres, etc. Pour ce qui est de la musique profane, Hadj Ali fit remarquer qu’elle pouvait être folklorique, patriotique, ou bien exalter le travail, restituer la douleur de l’exil, etc.

 

Hadj Mhamed El Anka

 

Citant Bela Bartok, selon lequel « les chants populaires ont une résistance particulière chez les peuples asservis », Hadj Ali parla du chant populaire dans les campagnes de notre pays : Il est âpre dans l’Oranie, devait-il noter, simple dans l’Algérois, stylisé enfin dans le Constantinois. Comparant le chant bédouin à la musique berbère, il dit de cette dernière qu’elle était moins riche mais plus mélodieuse. L’orateur parla alors de musique citadine « créations légères, souvent ruisselantes de grâce » et de celle, plus élaborée qui fut en vogue à Tlemcen. Quant au classique, les explications de Hadj Ali abondèrent, sur les divers mouvements qu’elle comporte, en soulignant notamment que « ceux qui la méprisent ou l’ignorent ont tort ».

Mettant l’accent que le fait que « l’art d’une époque décadente, n’est pas forcément décadent », l’orateur en vint à l’avenir de la musique algérienne, et aux chances que lui donne le socialisme. Il a fallu à Bachir Hadj Ali faire le point de la situation de la musique algérienne à l’heure actuelle, d’abord, l’orateur mit en relief les tares et handicaps dont elle hérite et souffre :

  1. N’étant pas écrites les œuvres monumentales de la musique andalouse n’ont pu se perpétuer.
  2. Par le fait de la colonisation, les chances même de transmission orales se sont amenuisées.
  3. L’interprétation n’a pas toujours avec bonheur restitué des œuvres dignes de ce nom.

Blog de elandaloussi :La Sanaa d'Alger par Saad-Eddine Elandaloussi, Sid Ahmed Serri - Grand mâitre de la Sanaa d'AlgerSId Ahmed Serri

Si bien donc, que la musique nationale s’est trouvée sujette aux influences étrangères, et non des meilleures : les influences française et égyptienne, par exemple. À ce propos Hadj Ali souligna : « Il faut aimer les musiques française et égyptienne si elles sont vraiment bonnes, sinon, on doit les rejeter. Ce sont donc de « mauvaises habitudes » qui ont influencé la musique nationale, musique moderne, prétendent d’aucuns : « par quel moderne », s’est indigné Mr Hadj Ali. Malgré ces « habitudes », deux genres variables ont résisté : les chants du Sud et des Hauts-Plateaux d’une part, et le « chaabi » d’autre part. A ce propos, l’orateur se référa à Hadj El Anka, dont l’ascension correspondant "à l’éveil des forces montantes ».

Ce sont ces genres qu’il faut sauver, c’est notre héritage musical qu’il faut conserver, sans pour autant que ses partisans ne veuillent le garder figé. Et Hadj Ali de poser le problème : « Comment pouvoir rattraper le retard de plusieurs siècles sur l’Europe, en gardant à notre musique son caractère spécifique ? » Il faut, poursuit-il, faire connaître la musique chaabi par radio, télévision, disques, et encourager les formations chorales dans les écoles, et même dans les usines. Ainsi peu à peu seront crées de nouvelles habitudes auditives. Cela, pour Hadj Ali, va de pair avec l’arabisation. Le fond berbère et andalou est, peut-être, un point de départ valable. Il peut représenter l’élément stable que l’on retrouve à la base de toute musique valable. Il faut aussi faire connaître les grandes musiques étrangères.

Il s’agit donc de rééduquer l’oreille. « Peut-on dire, demande Hadj Ali, que l’effort accompli par la radio et la télévision soit suffisant ?  Non, répond-il, et de critiquer, à travers de multiples exemples relevés, la radio et la télévision. « Mais cette critique, reprend l’orateur, je la veux constructive. Nous avons à créer un style national. » (Il recommande vivement aux orchestres classiques de ne plus utiliser l’accordéon). Hadj Ali poursuit : « L’art ne doit pas être replié, refermé sur lui-même. Il doit s’extérioriser pour atteindre les hommes et leur conscience. »

Ainsi on en arrive au rôle du socialisme dans la musique nationale. Bachir Hadj Ali cite alors quelques exemples de grandes œuvres musicales occidentales, nées de l’horreur de la guerre, de la misère, en somme de sentiments qui touchent une collectivité et, plus, l’humanité. « Il n’est pas possible, affirme Hadj Ali, de composer, d’innover, en ignorant le sous-développement, le problème de la faim, les réalités économiques et sociales de notre pays. La soif de paix, en effet ne s’apparente-t-elle pas à la recherche d’harmonie et de beauté ? »

"Le socialisme, devait conclure Bachir Hadj Ali, permettra seul à celui de nos enfants qui porte en lui, disons un Mozart, de le devenir pleinement ».

Source: http://www.socialgerie.net

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