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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Sarah Haidar, 25 juin 2014, Algérie News 

© algerienews.info

 

Tuer ne suffit pas. Il est urgent de construire un mur autour de la victime, d’autant que celle-ci a cette vocation irritante de continuer à gueuler d’en-dessous les planches. Assassiné après trente albums et quelques survivances miraculeuses, l’artiste qui a lâché la strophe avant l’arme est loin de leur procurer ce sommeil tranquille dont il les a si merveilleusement privés durant plus de vingt ans.

En 1988, une rafale de gendarme, indéniable tentative d’assassinat, de longs mois d’hospitalisation, une campagne puante de dénigrement à son encontre, puis, en superbe monstre increvable, il revient avec le verbe plus acéré, la note plus stridente que jamais. Dix ans plus tard, le sale boulot est parachevé lorsque tous, ennemis et faux frères politiques, se sont enfin mis d’accord sur la nécessité de supprimer le dernier Insoumis d’Algérie… Coincé dans un angle mort, au tournant d’une des routes de Kabylie, il n’avait aucune chance face aux meurtriers à peine déguisés en terroristes.

Depuis, conscients que la mort clinique ne suffit pas, tout un arsenal de diffamation fut pernicieusement mis en place. Ainsi, vous pouvez entendre le dernier des imbéciles, qu’il soit inculte ou intellectuel, déverser toute sorte d’inanités sur le cadavre-vivant, allant des accusations de racisme anti-arabe aux soupçons sur son intégrité morale, en passant par l’antipatriotisme et l’immaturité politique. Et pourtant, rien de tout cela n’a pu entamer l’inaliénable passion qui lie des milliers de personnes à cet artiste qui n’a pas fait que «porter la colère et les espoirs d’un peuple », qui a fait beaucoup mieux : lui donner une œuvre unique, virtuose et imputrescible où le génie poétique et la maîtrise musicale demeureront à jamais une leçon en travers de la gorge des demi-artistes, des sages, des conformistes et des endormeurs… 

Et depuis 1998, on a cru bon enfermer sa mémoire dans le périmètre kabyle, empêchant toute commémoration en dehors de ces « réserves d’Indiens » ; mais si l’interdiction fut tacite, elle est aujourd’hui officielle : le wali d’Alger vient d’enterrer toute une journée culturelle dédiée à sa mémoire, qui devait avoir lieu à la Salle Atlas de Bab El Oued. Un de ses sous-fifres a même suggéré aux organisateurs : « Allez lui rendre hommage à Tizi Ouzou !»  Cette phrase n’est-elle pas plus persuasive, plus éloquente que le plus tonitruant des slogans du MAK ? N’est-elle pas la meilleure illustration de l’engagement de l’Etat central, seul détenteur de « la patrie », à renforcer le sentiment d’exclusion et, par conséquent, exacerber le désir de rendre cette dernière définitive ?  Car, contrairement à ce que ressassent certains comp2014lotistes pavloviens, l’idée de quitter cet espace idéologique nécrosé et raciste qu’ils nomment la patrie, n’est pas née dans les officines du Mossad ni de la DST. Elle a giclé avec le sang des 126 jeunes assassinés en 2001 et elle ne fera que gagner davantage les esprits grâce aux arbitraires répétitifs dont les derniers en date sont le lynchage du 20 avril 2014 et cette vile interdiction d’un hommage à un artiste qui, paradoxalement, fut l’un des plus désespérément sincères des patriotes !

Source: http://www.algerienews.info

Mis en ligne le 29 juin 2014 

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