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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Une cohérence alternative nouvelle est à construire

Par Abdelatif Rebah, 15 juin 2014
 

Des thèmes-clés de politique économique, controversés, reviennent au centre de l’actualité nationale ces derniers temps. Convertibilité totale du dinar, entrée à l’OMC, gestion des réserves de change, transferts sociaux, règle des 51/49… Derrière des questions d’apparence technique, se profilent des enjeux économiques, sociaux et politiques, déterminants pour l’avenir du pays.

Des perceptions différentes, voire divergentes de ces enjeux ressortent des contributions et autres commentaires médiatiques qui leur sont consacrés. Elles illustrent clairement que dans l’examen des faits économiques et sociaux comme dans leur interprétation, la posture analytique n’est jamais indépendante de la posture politique et idéologique qui l’inspire, assumée ou non.

La réflexion sur l’orientation de la politique économique et d’une manière générale sur le devenir de l’économie de notre pays n’échappe pas, elle aussi, à cette règle. Les grilles de lecture de la réalité que cette réflexion mobilise sont le produit d’économistes engagés et reflètent des intérêts déterminés multiples, comme le signalent, d’ailleurs, les centres de préoccupation et les thèmes privilégiés, de même que des occultations, des omissions et des non-dits significatifs. Ainsi, elles ne sauraient prétendre à la neutralité.

Le phénomène pourrait, néanmoins, suggérer l’existence d’une diversité appréciable de points de vue sur le sujet économique. En réalité, la réflexion économique demeure, quant au fond, sous-tendue par une thématique commune, celle de la rente pétrolière, dominée par le discours connu sur l’exogénéité du système de croissance algérien, ses vulnérabilités structurelles, son caractère éphémère par essence et son intrinsèque inefficience. On peut en rapporter les conclusions, du moins pour celles qui sont partagées, à ce constat synthétique.

L'incapacité du système de production locale à répondre aux besoins des consommateurs, couverts quasi intégralement par des importations en augmentation rapide, elles-mêmes financées exclusivement par des revenus pétroliers sur lesquels pèse l’hypothèque d’un effondrement des prix. Le spectre de la régression économique et sociale et ses risques politiques majeurs pointent donc à l’horizon de ce modèle. Il est donc impératif d’en sortir, mais comment ? Il semble, en fait, que ne peut plus être occultée la réalité de l’impasse à laquelle nous ont conduit trois décennies de restructurations libérales résumées dans le triptyque libre-échange/privatisation/IDE qui ont aggravé les vulnérabilités et les handicaps structurels de l’économie algérienne, la maintenant dans une position de mono-exportateur d’énergies (pétrole et gaz).

En creux ou implicite, le constat de l’impasse s’impose. Reconstruction du marché intérieur, substitution aux importations, c’est-à-dire passage du statut d’importateur à celui d’industriel dans les filières occupées, retrouve donc une place dans les élaborations économistes. A quelles conditions, cependant, une telle réorientation peut-elle s’opérer ? La réponse à cette question essentielle ne relève pas seulement des variables instrumentales de la politique économique. Elle renvoie, d’abord, aux choix fondamentaux que ces nouvelles priorités impliquent. La perspective de réindustrialisation substitutive requiert une cohérence alternative nouvelle.

Peut-on, en effet, à la fois ambitionner de construire une économie productive fondée sur l’industrialisation substitutive et donc la reconquête du marché intérieur, ce qui suppose des leviers de décision autonomes et des choix souverains et accepter en même temps le maillage serré de l’espace décisionnel national par le système de normes, de règles et de procédures instauré par les «institutions internationales» (FMI, BM, UE, OMC…) et l’obligation de conformité qui en résulte. Quand on se trouve en économie ouverte, il est impossible, on le sait, de ne pas faire ce que les autres font. Les décideurs sont limités par la nature et les règles du système de décision dont ils font partie. Il est évident qu’un Etat ayant transféré sa souveraineté économique vers la sphère du marché global n’a plus qu’un domaine de souveraineté réduit à ses fonctions purement administratives, de preneur d’ordre passif du marché mondial. Limiter l’exposition à l’économie mondiale, se soustraire aux normes qui la structurent, constituer des écrans protecteurs, devient donc une condition indispensable à la mise en œuvre effective et concrète d’une réindustrialisation substitutive

L’urgence d’instaurer un véritable climat du développement national

Un préalable : nous devons continuer à raisonner par rapport au développement de notre pays et dans les termes et le langage appropriés pour cette ambition nationale.
L’Algérie dispose encore d’un potentiel réel (pays immense, richesses naturelles, revenus pétroliers importants et disponibles, infrastructures, système de formation, de nombreux cadres, main-d’œuvre, savoir-faire...) à même de lui permettre de développer son économie, d’atténuer sa dépendance vis-à-vis de l’étranger, de satisfaire les besoins et aspirations principales de sa population et de préserver l’environnement. L’Algérie dispose de l’atout de ses ressources humaines jeunes et instruites : sur 100 actifs, 13 ont un niveau d‘études supérieures, le taux étant de 33,1% chez les femmes et de 9% chez les hommes.
Un marché intérieur existe, fruit de la décennie du développement national et des plans d’industrialisation. La dynamique de l’équipement des ménages (téléphone, ordinateur, voiture, climatiseur...) en est une illustration éclatante. D’une manière générale, les besoins fondamentaux de la société sont grandissants dans de nombreux domaines : la nutrition, le logement, la santé, l’énergie, la mobilité.

Tout l'enjeu est de les satisfaire avec une participation de plus en plus importante, quantitativement et qualitativement, des entreprises nationales. La (re)conquête du marché national est à ce prix. C’est dans cette bataille que doivent se forger les armes de la compétitivité. La compétitivité, en effet, ne se décrète pas. Aux antipodes du raisonnement court-termiste, elle est œuvre de longue haleine.
Source: Le Soir d'Algérie

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