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Publié par Saoudi Abdelaziz

Kamal Daoud: "Le gaz de schiste ? En quoi cela vous concerne ? «Vous êtes qui ?» Au lieu de se sentir dans l'obligation de justifier les choix, de rendre compte, de répondre parce qu'il est payé par les contribuables, il les accuse, les insulte et les inculpe de complot avec l'étranger". C'est un article de Abed Charef intitulé "Youcef Yousfi affiche son mépris envers les adversaires du gaz de schiste" qui inspire ce matin à Kamel Daoud une chronique mordante contre un "décolonisé au pouvoir" pour qui toute question sur la validité de ses décisions "est perçue comme une agression, un empiétement sur sa suprématie, une menace, une outrecuidance".

 

Gaz de schiste, budgets, AE, Défense, etc. : «De quoi vous mêlez-vous ?» 

Par Kamel Daoud, 25 juin 2014

 

Etrange mimétisme : lorsque le décolonisé accède au pouvoir dans son pays, il adopte de suite le comportement, la psychanalyse, la vision et l'argumentaire du colonisateur disparu. Cela se voit partout là où la terre a été blessée par l'occupation mais n'a pas été guérie par la décolonisation. Le mimétisme du colonisé se construit d'abord sur une raison qu'il croit absolue : il le mérite car il est décolonisateur. Le décolonisateur a un statut supérieur au décolonisé passif. On fête la décolonisation, mais pas de la même manière : pour l'un c'est un don, pour l'autre, c'est un acte. L'un est père du pays, l'autre son fils ou beau-fils.

Le décolonisateur ou le décolonisé au pouvoir se mettent de suite en mode écho et en tout : possession des fermes et des terres. Comme le colonisateur. Médailles et mérites. Comme le colonisateur. Mépris de l'autre jugé menteur, fourbe, vicieux, paresseux et parasite de l'indépendance. Autant que le colonisateur jugeait le colonisé comme un poids mort sur des terres en friche. La vision du colonisé au pouvoir a aussi sa propagande : sans moi, vous vous mangerez. Sans moi, cette terre serait marécages. Le colonisé au pouvoir a la même théorie de la terra incognita avant lui. Terra nullius. A personne. Donc à lui.

Du coup, cette vision, ce mépris, cette vue, cette attitude se retrouvent partout en arrière-plan et en arrière-goût. Un décolonisé au pouvoir s'étonnera profondément lorsque des concitoyens (des décolonisés inférieurs) lui demandent des comptes ou des explications. «Vous êtes qui ?» Lors de sa conférence de presse, un ministre dit brillant comme celui des AE, en compagnie de Laurent Fabius le français, n'arrivera pas à répondre aux questions sans user de l'ironie agressive. «Si vous avez des indications sur le nombre de terroristes et lieux», répondra-t-il moqueur. Une autre conjugaison de «vous êtes qui pour poser ce genre de questions ?» Attitude favorite de Chakib Khelil. Le chroniqueur se souviendra longtemps du visage de cet homme qui touchait à peine la terre et qui avait pour passe-temps favori de regarder les journalistes comme des insectes quand ils sont algériens. Lors du GNL 16 à Oran, là où les patrons des Majors se prêtaient aux jeu des conférences, lui reniflait les nuages et s'agaçait dès qu'il devinait votre nationalité locale. Son rire à la question de «vous êtes passible de procès ?» restera dans les annales.

Plus près ? La conférence du patron de Sonatrach. Comme révélé par notre confère Abed Charef. Le gaz de schiste ? En quoi cela vous concerne ? «Vous êtes qui ?» Au lieu de se sentir dans l'obligation de justifier les choix, de rendre compte, de répondre parce qu'il est payé par les contribuables, il les accuse, les insulte et les inculpe de complot avec l'étranger. L'attitude procède de la certitude fondamentale du décolonisé au pouvoir : je n'ai pas de compte à rendre et donc toute question est perçue comme une agression, un empiétement sur sa suprématie, une menace, une outrecuidance.

Le décolonisé au pouvoir reproduit le schéma du colonisateur partout : dans sa conception de la communication, dans la gestion de proximité, dans la gouvernance, dans la gestion des projets (ils sont des dizaines dans chaque ville sans la pancarte obligatoire permettant d'identifier le projet, son maître d'ouvrage, sa destination ou son budget). Le décolonisé au pouvoir ne se sent dans le confort que face à l'ancien colonisateur, au blanc ou au maître. Là, il échange le sourire, se sent moins menacé, peut étaler son raffinement et même exprimer sa lassitude parce que remplacer le colon et imposer ses valeurs chez lui est un effort qui use. Le décolonisé en chef ne comprend pas l'obligation de transparence, de compte, de déclaration de consultation. A-t-on jamais vu un colon consulter les «arabes» sur des choix stratégiques ?

Cette attitude devient même solennelle avec l'obligation de réserve «à la française», la monarchisation, le système des castes. Elle peut être consciente parfois, mais souvent inconsciente : la peau noire ne sait rien de son masque blanc car il est sous la peau, après la décolonisation. Un ministre «démocrate», éduqué, poli, humaniste devient très vite caporal, intendant, dur, insultant dès qu'il prend le pouvoir : ce n'est pas qu'il le veuille, mais c'est le seul schéma de «pouvoir» que l'on connaisse : soit faire comme le colon, sans rester les bras ballants. On ne connaît aucun autre comportement pour incarner le pouvoir que celui développé par le colonisateur. Gérer, posséder ou commander, c'est faire comme lui. Car si on a gagné l'indépendance, le colon lui a gagné les esprits. Il est modèle enfoui, subi autrefois, aujourd'hui désiré
.

Source: Le Quotidien d'Oran

 

Youcef Yousfi affiche son mépris envers les adversaires du gaz de schiste

Par Abed Charef, 24 juin 2014

Ils sont ignorants, ils ont des visées politiciennes, ou ils sont acteurs, conscients ou non, d’une déstabilisation du pays : pour le ministre de l’Energie Youcef Yousfi, les adversaires du gaz de schiste ont tort de ne pas le suivre dans le « nationalisme énergétique ».

 

M. Youcef Yousfi a répondu avec une condescendance prononcée, mêlée de menaces, à ceux qui s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste en Algérie. Pour le ministre de l’Energie, inspirateur de la nouvelle ligne adoptée par le gouvernement dans le dossier des énergies non conventionnelles, les adversaires de sa démarche se répartissent en trois groupes, qu’il faut traiter séparément.

Les premiers seraient une sorte de conservateurs, des gens ayant peur de tout ce qui est nouveau. Le gaz de schiste devant être exploité pour la première fois en Algérie, il y a une frange d’Algériens qui redoutent cette innovation. A leur adresse, M. Yousfi propose de la pédagogie. Ils ne comprennent pas, il s’agirait donc de leur dire de quoi il s’agit. Ils seront rassurés, et ils accepteront que l’Algérie s’engage dans cette nouvelle voie. Ces gens sont « sincères », il suffirait de « leur expliquer », ce à quoi s’attelle le gouvernement, affirme M. Yousfi sur un ton très paternaliste.

Le second groupe constitue, quant à lui, une menace de déstabilisation pour l’Algérie, selon M. Yousfi. Pas moins. Le ministre de l’énergie recourt à la bonne vieille langue de bois pour tenter de disqualifier ses adversaires. Son argumentaire est dans la grande tradition du nationalisme primaire. L’Algérie, dit-il, aurait choisi la voie de « l’indépendance énergétique », une voie risquée, périlleuse, qui ne plait pas aux puissants de ce monde, et notamment les lobbies internationaux qui veulent faire main basse sur les richesses du pays.

Relais internes manipulés

Du reste, M. Yousfi inscrit ces attaques contre l’Algérie dans le cadre d’un vaste plan international qui veut aboutir à une « diabolisation » des pays ayant fait le choix de l’indépendance. La menace extérieure trouverait des relais au sein de groupes ou courants politiques internes qui feraient, consciemment ou non, le jeu de puissances extérieures, selon une rhétorique rodée, défendue popularisée par Mme Louisa Hanoun, la présidente du Parti des Travailleurs.

Parmi ces groupes supposés manipulés, il y’en aurait qui le feraient par ignorance, sans même s’en rendre compte, laisse entendre M. Yousfi, qui veut séparer le bon grain de l’ivraie. Il a donc choisi de s’adresser aux faiseurs d’opinion pour changer la donne. « Il nous est apparu nécessaire que ceux qui contribuent à forger l’opinion publique sachent où se situent les intérêts du pays et où se cachent les tentatives de déstabilisation », a-t-il déclaré.

Où classer M. Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach, qui vient de tirer une nouvelle salve contre le gouvernement dans la gestion des hydrocarbures ? Peut-être dans le troisième groupe, celui qui vise des objectifs « politiciens », selon les mots de M. Yousfi. L’auteur de la célèbre formule, « rab edzaïr », le Dieu de l’Algérie, est pourtant légitime pour parler de ce sujet : il a joué un rôle central pour mettre en garde contre la gestion de Chakib Khelil. Tout comme sont légitimes d’autres anciens PDG de Sonatrach, qui ont exprimé des réserves sur la question.

Offensive

En devenant résolument offensif, M. Yousfi espère porter la polémique sur le terrain de ses adversaires, et occulter ainsi les tares du gouvernement sur ce dossier. Pourtant, M. Yousfi lui-même a été membre d’un gouvernement dont une des vedettes a longtemps été M. Chakib Khelil. Jamais M. Yousfi n’avait élevé la voix pour s’en prendre à la gestion de M. Khelil, dont les séquelles sont immenses.

L’inconstance de M. Yousfi est aussi devenue un sujet d’inquiétude. Lors de sa nomination au ministère de l’Energie, il avait pourtant apporté une note rassurante, en adoptant une posture anti-Khelil. Austère, discret, peu porté sur les déclarations intempestives, il semblait qualifié pour rassurer, en ramenant de la sérénité dans un secteur qui représente le tiers du PIB de l’Algérie. Il avait annoncé des plans grandioses dans les énergies renouvelables, en promettant des investissements gigantesques, 60 à 80 milliards de dollars.

Mais peu après, il changeait son fusil d’épaule, et faisait adopter une nouvelle loi sur les hydrocarbures, supposée relancer la prospection et augmenter les réserves du pays. Le résultat a été mitigé. Un an plus tard, il s’engage dans un nouveau virage, pour évoquer cette fois-ci le gaz de schiste. Entretemps, sa parole s’est étiolée, et il a perdu de sa crédibilité, lui qui n’a jamais été connu comme un caractère fort, bien au contraire.

Manque de crédibilité des institutions

Aujourd’hui, il défend les hydrocarbures non conventionnels, comme il a défendu la nouvelle loi il y a dix-huit mois. Mais il évite soigneusement le sujet le plus explosif du moment, celui des prix et du gaspillage de l’énergie. M. Yousfi s’y est aventuré brièvement, lors de la campagne électorale pour la présidentielle de mai dernier, avant de se rétracter.

Ses nouveaux choix sur le gaz de schiste ont attisé la polémique, pour savoir si l’exploitation est polluante ou non, si la fracturation hydraulique utilisée est dangereuse, et si les doutes concernant la rentabilité de cette ressource sont justifiés. M. Yousfi peut avoir raison. Ou tort. Par contre, il y a une certitude : il n’y a pas d’institutions crédibles en Algérie pour encadrer l’exploitation du gaz de schiste. Le gouvernement n’est pas crédible. Il est difficile de croire à son discours. Et le pays vivra dans cette suspicion, justifiée ou non, jusqu’à ce qu’il trouve de bonnes raisons de croire à nouveau au discours du gouvernement. Sur ce terrain d’abord politique, ce n’est visiblement pas M. Yousfi qui changera la donne.

Source: http://abedcharef.wordpress.com

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