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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Extrait d'un entretien avec Redouane Boudjemaa, professeur à la faculté des sciences de l’information et de la communication d'Alger. Entretien réalisé par Madjid Laribi et paru dans Libre Algérie sous le titre « Il n y a pas de presse libre… il y a quelques journalistes libres ».

 

(...) Après les événements sanglants d’octobre 1988, certains journalistes, issus des médias du système, sont devenus des patrons de presse. A la naissance de cette presse dite indépendante, les cadres politiques et juridiques étaient ceux hérités du parti unique qui se caractérisaient par les monopoles sur l’impression, la distribution et la publicité. C’est, dans son idéologie comme dans ses structures, une presse libre et dépendante !

Cette tare originelle va s’exacerber avec la remise en cause des avancées démocratiques. Suite à la crise politique de 1992 et l’arrêt du processus démocratique, le pouvoir en place distribue de la publicité en contre partie du soutien à sa démarche. Les journaux qui ne s’inscrivent pas dans cette ligne sont éliminés économiquement. On achète le silence, et la collaboration, des journaux grâce à la rente publicitaire. La presse privée fait partie intégrante du système et elle reflète ses réseaux et les contradictions qui les minent. Par ailleurs, ces réseaux, qui répondent à des groupes d’intérêts du pouvoir, ne reflètent aucunement les diversités politiques, culturelles et linguistiques qui caractérisent la société.

En plein crise sécuritaire et politique, la majorité des patrons de presse ont travaillé à étouffer les réalités, à cacher le phénomène de disparitions forcées et de torture et ont observé un silence sur les atteintes répétées aux droits de l’homme. Une bonne partie d’eux avait même opté pour la défense et la justification des violations massives aux Droits de la personne Humaine. En retour, certains ont très grassement bénéficié de la manne publique, jusqu’à 10 pages de publicité quotidiennement, et ont obtenu le privilège exorbitant de ne pas payer les factures de l’imprimerie.

Le mouvement syndical journalistique a été démantelé après le MJA et l’AJA : le SNJ né en pleine crise politique et sécuritaire, était réputé être proche d’un réseau du système et d’un parti politique, se transforme en pleine crise – sous le gouvernement Belaid Abdesslam – en l’allié de l’association des éditeurs de presse. En réponse au SNJ, au début des années 2000 il y a eu la création de la ligue nationale des journalistes, proche du parti au pouvoir. Les deux syndicats ne se sont pas souciés des problèmes socioprofessionnels des journalistes et ont contribué d’une manière ou d’une autre à l’accélération du processus de dé-professionnalisation, de clochardisation en vérité, de la corporation.

Aujourd’hui, il y a 150 quotidiens sur la scène médiatique algérienne. Ils obéissent à la gestion rentière de la presse opérée par les réseaux qui s’activent autour de l’ANEP. La plupart de ces titres tire à peine à 3000 exemplaires. Ils ne sont même pas lus par leurs propres rédacteurs ! Ce sont des apparences de journaux qui fonctionnent souvent avec trois journalistes. L’activité réelle de ces pseudo-journaux est fort éloignée de l’information, il ne s’agit que de récupérer quelques pages de publicité distribuées par le système. En réalité, cette multitude de journaux sert de façade et de marketing politique pour l’étranger. C’est un phénomène complètement artificiel mais qui, pour un observateur pressé, peut donner de loin l’illusion de la diversité et de la liberté de la presse(...)

Texte intégral: Libre Algérie

La "tare originaire" de la presse algérienne
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