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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les journaux et sites libéraux se relaient pour populariser les constructions chiffrées du docteur Mebtoul qui met en garde contre les "incidences" de l'abrogation de l'article 87bis, sur les salaires. Ainsi, dans le Matin-dz, ce matin, "l'expert international" est catégorique: "La majorité des PMI-PME ne pourront pas supporter ces augmentations". Dans le secteur privé, où domine encore un désert syndical , "l'affaire du 87 bis" sera sans doute l'occasion de mettre le doigt sur des réalités anachroniques pour les uns, intolérables pour les autres

 

Le secteur privé emploie une part de plus en plus importante de salariés. En 2010 déjà, la part des emplois du secteur privé est estimée à 99% dans le commerce, 95% dans le BTP et 69% dans l’industrie, selon un rapport de la Banque mondialeSelon le docteur Mebtoul, en cas d'abrogation de l'article scélérat, "les opérateurs économiques demanderont des aides à l'Etat sous forme de subventions supportées par le Trésor public, baisse de la TVA, taux d'intérêt bonifiés ou des exonérations fiscales, et ce suite aux augmentations de salaires qu'ils ne pourront supporter"... Et sans doute de continuer à ne pas payer d'impôt, ce devoir de citoyenneté n'étant obligatoire que pour le salarié, imposé "à la source". 

Sans ces "contreparties", met en garde l'expert, les patrons vont "se réfugier dans la sphère commerciale spéculative ou informelle déjà florissante". Déjà florissante certes: le rapport de la banque mondiale cité plus haut révèle que l’emploi dans le secteur informel a quasiment doublé, de 2003 à 2009, passant de 1,9 million de personnes à 3,9 millions. Et puis, le patronat a un autre tour dans son sac pour contraindre le salarié à baisser la tête : le CDD. La Banque mondiale révélait  : «L’événement tant appréhendé s’est finalement réalisé en 2010 : l’emploi non permanent domine le salariat», passant de à 35% en 2003 à 50,3% en 2009!

Rendant compte d'une Enquête de l'Office national des statistiques publiée en juin 2012, Selim Ferdi notait dans Le Quotidien d'Oran : "Le niveau moyen des salaires tend fortement à la baisse en raison «de la prédominance de l'emploi privé (2/3 de l'emploi total) et d'autre part, par l'importance de la catégorie exécutive dans le privé». Le journaliste ajoute : "Le niveau bas des salaires dans le secteur privé (...) est fortement lié au «désert syndical» qui y règne (...). L'écart entre le salaire moyen dans le secteur public et celui du secteur privé dépasse l'équivalent du SNMG. Il est de 38.500 dinars dans le public contre 21.500 DA dans le privé, soit une différence significative de 17.000 DA. La part des primes et indemnités est importante dans le secteur public où le salaire de base représente 48% du salaire brut alors qu'il est de 70% dans le privé".

Dans la conclusion de son article du Matin, qui fait l'impasse sur ces considérations, Abderrahmane Mebtoul endossant l'habit du politologue néo-libéral  appelle à "réhabiliter les véritables producteurs de richesses, l'entreprise et son fondement : le savoir".

Etat de droit? Le processus d'abrogation de l'article 87 bis pourrait-il être l'occasion de faire passer les patrons algériens à un niveau de relations sociales plus civilisées, relevant de l'Etat de droit? Il faut pour cela faire accepter imposer à ces "véritables producteurs de richesses" chers à l'expert, un minimum de respect à l'égard de la "force de travail".

S. A., 7 mai 2014

DR. En juin 2013, grève dans les sociétés de catering à Hassi R'mel

DR. En juin 2013, grève dans les sociétés de catering à Hassi R'mel

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