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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ils sont tous là, squattant la Maison du Peuple (photo APS).

Le 1er mai, c'est d'abord la fête du pouvoir bienveillant, qui veille sur le bien-être des salariés: c'est ainsi que les choses se passent encore dans notre pays. Encore une fois, Sidi Said, le chef de la centrale syndicale UGTA, n'a pas oublié de se féliciter de "l'intérêt accordé par le président Bouteflika au monde du travail".

 

Le 1er mai 2014, comme chaque année, ils étaient tous là, à la Maison des syndicats: le président de l'APN, le Premier ministre, le représentant personnel du président de la République, le ministre du Travail, etc. Sans oublier bien sûr, au centre de la photo, l'inamovible patronne du Parti des travailleurs, flanquée du tout aussi inamovible Abdelmadjid Sidi Saïd venu saluer le "renouvellement par le peuple algérien de sa confiance en la personne du président Bouteflika" et assurer que "trois millions d'emplois seront créés dans les cinq années à venir".

 

Non loin de là, cette année encore, le port d'Alger a été déclaré chasse gardée du gouvernement pour la célébration de la fête du travail. Pendant que la police dispersait des manifestants pacifiques rassemblés à l'entrée du port, à l’appel du "Collectif pour une politique ouvrière indépendante", récemment créé par plusieurs partis et associations de gauche, le ministre du travail Benmeradi présidait la parodie annuelle, "honorant" 42 travailleurs "en vue de les encourager à fournir davantage d'efforts ", selon les termes de Abdelaziz Guerrah, le patron du port...

 

C'est sur la place du 2 mai 1962, à l'entrée du port d'Alger que le "Collectif pour une politique ouvrière indépendante", a donné rendez-vous pour célébrer le 1er mai, se démarquant des commémorations hypocrites. Que s'est-il passé le 2 mai 1962?

Un peu d'histoire

 

Le 2 mai 1962 à l’aube, comme tous les habitants de la  Casbah, je fus réveillé par une puissante déflagration. « Cela se passe à la place du gouvernement » avons-nous pensé sur le coup, vu la puissance de l’explosion. On apprendra rapidement que cela s’est passé plus bas, sur le port. La voiture piégée actionnée par un commando de l’OAS visait les centaines de dockers venus s’inscrire à l’embauche.

Combien de victimes? L'année dernière, au lendemain de la commémoration de la journée du 2 mai 1962, on était intrigué par les différences, parfois très fortes -de 62 à 300- dans l’évaluation du nombre de victimes. Wikipedia : "une soixantaine de morts et une centaine de blessés »; Algerie-dz : « 110 morts et 150 blessés »; Forum-algerie  « 110 travailleurs du port d’Alger assassinés, et 150 autres blessés »; Liberté : « 200 victimes»; Le Soir d’Algérie : « 200 dockers algériens ont trouvé la mort »; El Moudjahid : « 200 morts ». L’agence officielle APS reste dans le vague : « des centaines de morts et de blessés », expression reprise par El Watan.

Le jour suivant un autre désastre, sans doute plus effroyable, sera évité grâce, dit-on, aux pompiers, aidés de quelques pieds noirs : l’OAS avait amené sur les hauteurs qui dominent la Casbah un camion-citerne contenant plus de 12 000 litres de mazout et projetait de le rouler en notre direction et de le faire exploser. J’habitais la Casbah depuis quelques semaines. Interne au lycée Bugeaud, situé à l'entrée proche de Bab El Oued, quartier tenu par l'OAS, j'avais été évacué, avec les autres élèves musulmans, au lycée de Ben Aknoun. Après les Accords d’Evian, le lycée de Ben Aknoun devenait très peu sûr, malgré la présence d’une unité de CRS, cantonnée dans les vergers... J’ai alors obtenu un hébergement à la Casbah, grâce à la section universitaire du FLN, qui faisait appel aux lycéens pour ouvrir les écoles aux milliers d’enfants désoeuvrés. Cette action était dirigée par El Hadi Flici. La plupart des gamins étaient des refugiés venant d’autres quartiers d’Alger vulnérables aux attaques de l’OAS. La Casbah, verrouillée par la Zone autonome, était un havre de paix relatif. L’attentat du port d’Alger confirmait la justesse de la décision de ne plus laisser les enfants traîner dans les rues, hors de l’enceinte de la Casbah.

Trois jours après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le général Salan, chef suprême de l’O.A.S., avait rendu public son appel à l’insurrection avec l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». Mais, l’action des commandos de l’OAS sera surtout dirigée contre les populations civiles musulmanes ou contre les Français qui acceptaient ou soutenaient les Accords d’Evian. En Algérie, on a compté 2 200 morts jusqu’à  l’arrestation de Salan, le 20 avril 1962. Au total,  France métropolitaine comprise, l’OAS a perpétré environ 13 000 explosions au plastic, plus de 2 500 attentats individuels et 510 attentats collectifs. Les historiens admettent généralement que c’est la  fuite en avant meurtrière des partisans de l’Algérie française, galvanisés par l’OAS, qui a conduit à une situation où, pour la majorité des Pieds noirs, l’exil est apparu inexorable.

 

Photo APS

Photo APS

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ciba 16/06/2014 12:01

ba3etou le bled matahechemouche

ciba 16/06/2014 11:59

ba3tou le bled matahechemouche

Safiya 02/05/2014 17:16

Une honte ! De quoi peut-on qualifier une telle phrase : "l'intérêt accordé par le président Bouteflika au monde du travail" ? Par quoi peut-on l'étayer ?

Est-ce par la carotte de l'Ansej ? Qui est plus un bâillon qu'une solution réelle et effective apportée au chômage.

Est-ce par le filet social ? Qui est d'abord une pure exploitation qui aboutit sur une chimérique embauche définitive et qui n'est finalement qu'un cautère sur une jambe de bois.

Ou est-ce par ce qu'on s'apprête à faire, c'est-à-dire instaurer le CDD, ce contrat de travail à durée déterminée qui transforme tout travailleur en une entité taillable et corvéable à merci.

Comment peut-on décemment annoncer, sans rouge au front, que ce qui n'a pu être fait en quinze ans le sera en cinq ans soit la création de trois millions d'emplois ?

Comment qualifier un gouvernement d'un pays non endetté, en l'occurrence l'Algérie, qui se soumet au diktat du FMI ?