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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Mustapha Doulache est revenu à Djarrah son village natal, au sud de Boumerdès, en 1992, à un moment où certains songeaient déjà à le quitter à cause du terrorisme islamiste et de la peur de lendemains incertains.

 

LE VIEIL HOMME QUI MAINTIENT SON VILLAGE EN VIE

 

Par Ramdane Koubabi, 5 avril 2014

Après vingt ans de sacrifices et de dur labeur, Mustapha Doulache réussit à "créer" un important verger devant sa petite demeure. C’est ce qui fait sa richesse aujourd’hui. Il a 82 ans, mais paraît en avoir une soixantaine. Mustapha Doulache est très attaché à la terre qui l’a vu naître. Débonnaire, cet octogénaire occupe la dernière bâtisse sur le chemin menant vers les villages oubliés des hauteurs de Ammal, à 30 km au sud de Boumerdès. On l’a trouvé en bonne forme, portant des bottes, un pantalon shanghai blanchi et un chapeau de paille typiquement algérien qui le protège du soleil. C’est lui qui tente de maintenir le village de Djarrah en vie. Accompagné de son chien, une canne à la main, nous l’apostrophons alors qu’il s’apprête à arroser les arbustes qu’il a plantés au début de l’année. Aâmi Mustapha nous accueille chaleureusement au son des aboiements de son fidèle compagnon.

Dès le premier contact, il nous invite à entrer dans son champ d’arbres fruitiers. Ce vieil homme est revenu à Djarrah, son village natal, à un moment où certains songeaient déjà à le quitter à cause du terrorisme islamiste et de la peur de lendemains incertains. «Je vis ici depuis 1992. Mes enfants et ma femme sont à Boudouaou, mais moi j’y suis revenu dès que j’ai pris ma retraite», nous confie-t-il. Malgré le poids de l’âge et les vicissitudes de la vie, le vieil homme n’a songé à aucun instant à retourner à l’ex-Alma. Même lorsque les groupes islamistes armés étaient au summum de leur nuisance. Dès son arrivée, il s’est mis à planter les arbres fruitiers, ensuite, il a creusé un puits pour faire face à la pénurie d’eau.

 

Compter sur soi-même

Après 20 ans de sacrifices et de dur labeur, il réussit à «créer» un immense verger devant sa petite demeure. C’est ce qui fait sa richesse aujourd’hui. «J’ai 150 figuiers, 60 grenadiers et une vingtaine de pieds de raisin. Je m’occupe de la terre du matin au soir et je ne mange jamais de yaourts, c’est pour cette raison que je ne fais pas mon âge», révèle-t-il avec ironie.
Aâmi Mustapha ne veut plus parler des groupes terroristes. Pour ne pas chômer, il vend de la pierre qu’il extirpe aisément des collines qui jouxtent son haouch. «Je la vends à raison de 1500 DA le camion. C’est presque gratuit car ce sont les acheteurs qui font presque tout», souligne-t-il, en précisant avoir cessé de compter sur l’Etat depuis des années.

«J’ai déposé deux dossiers pour bénéficier de l’aide à l’habitat rural. En vain. On m’a dit que j’étais trop âgé, comme si les vieux n’avaient pas de droits dans ce pays», regrette-t-il. Pour lui, c’est l’état de la route qui dissuade les «exilés» de regagner leurs terres. «Vous voyez, cette route n’a pas été revêtue depuis 1986», maugrée-t-il. Notre interlocuteur se plaint aussi de la pénurie d’eau potable. Le puits qu’il avait lui-même creusé contient à peine de quoi étancher sa soif et arroser quelques arbres afin de les voir grandir en cette contrée où tout reste à faire.
Fier de ce qu’il est et convaincu de ce qu’il fait, l’octogénaire soutient que ce n’est pas à lui de repartir à Boudouaou, mais c’est à ses anciens voisins de revenir à Djerrah.

«C’est fini. J’ai décidé que, quoi qu’il arrive, je ne quitterai jamais mon village. Un jour, un ami m’a signifié que s’il y avait un homme comme moi dans chaque localité, il n’y aurait jamais de misère en Algérie...», conclut-il avec modestie et beaucoup d’espoir.

Source: El Watan.com

 

© El Watan

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