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Publié par Saoudi Abdelaziz

A l'heure où, en Algérie, le système global de contrôle social est en crise, l'essor du mouvement syndical continue d'être fortement contrecarré par deux obstacles convergents : la dispersion voire l'atomisation des initiatives autonomes d'une part, le rôle de camisole joué par la centrale UGTA et les bureaucrates qui lui sont inféodés, d'autre part. Actuellement à la une de l'actualité, le complexe d'El Hadjar, qui a vocation à être le bastion ouvrier du syndicalisme algérien, est sans doute un des laboratoires des luttes actuels.

 

Le récent débat sur la question syndicale, organisé il y a quelques jours par le Rassemblement de gauche, a mis le doigt sur cette double contrainte devenu insupportable et a pointé les changement de cap venus à maturité. A l'heure où le mot ultra galvaudé de "transition" est à la mode, il faut craindre que les militants combattifs ne soient entraînés dans une opération de "rédressement" bis, conçu comme un raccourci, avec luttes d'appareils en vase clos, propices aux manipulation des services. Le résultat de cette erreur de scénario conduirait inévitablement à éloigner de la jonction avec les luttes réelles à la base. Cette jonction sur le terrain, entreprise par entreprise, secteur par secteur, pour aider à l'élaboration des revendications, à la définition des formes d'action et de solidarité, est la clé de la rénovation syndicale. 

 

Sous le curieux titre "Les redresseurs à l'UGTA s'appuient sur la "pause" des concessions gouvernementales", Maghreb Emergent publie un reportage de Rabah Saïd.

 

Par Rabah Said, 29 avril 2014

 

Le syndicat UGTA de la SNVI-Rouïba envisage de se «désolidariser» de la direction de la centrale syndicale, et de se lancer sur la ligne de «réappropriation du syndicat historique au profit de la lutte des travailleurs». Un mouvement de redressement en perspective.

Ce sont des syndicalistes du complexe, rencontrés au lendemain de l’élection présidentielle du 17 avril dernier qui le clament. Pour eux, l’alignement sans conditions de l’équipe de Sidi Said derrière le pouvoir « ne laisse plus aucune marge de manœuvre pour les syndicalistes à la base ». Et les interventions récurrentes de la direction de la centrale dans les conflits organiques finiront de vider l’organisation des militants engagés, ajoutent-ils. Si la démarche est inverse à celle des syndicalistes d’El Hadjar qui ont, pour certains, fait le choix de se constituer en syndicat autonome, le malaise semble aussi profond, avec le risque de faire tache d’huile dans toute la zone industrielle de Rouïba.

Un autre responsable syndical dans le secteur des chemins de fer ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’engagement des syndicalistes au profit du candidat Bouteflika lors de la présidentielle n’est pas aussi évident. Et pour cause, le quota des affiches de Bouteflika « attribué » à l’UGTA pour sa diffusion a été « écoulé » en placardant les portraits du candidat dans les permanences, comme ce fut le cas au siège central du 1er mai où toute la bâtisse a été recouverte. Le reste des affiches a été mis dans des cartons « pour s’en débarrasser par tous les moyens possibles juste pour faire croire que les syndicaliste ont mené campagne pour Bouteflika», a-t-il révélé.
Pour lui, aucun syndicaliste n’a été capable de mener campagne dans les collectifs des travailleurs car ils sont totalement détachés de la masse des salariés qui attendent d’abord l’amélioration de leurs conditions sociales. L’UGTA fonctionne dans l’illégalité la plus totale avec des structures horizontales et verticales, dont les mandats sont arrivés à échéance depuis plus de dix, quinze et vingt ans, ajoute-t-il, avec amertume.

 

Feuille de route pour une transition

Jusque-là, la contestation publique de la politique de l’ex syndicat unique a été plus l’œuvre de syndicalistes qui ne sont plus en poste, à l’image de l’initiative lancée en novembre 2013 par Mohamed Ameur, Mohamed Lakhdar Lakhdari, Aïssa Nouasri, Amar Mehdi, Tewfik Aïssaoui, Mohamed Benmeridja et Dahmane Boukhitine. Ces initiateurs considèrent que «la direction actuelle est en train de poursuivre sa mission de mise en terre de l’UGTA,» avant de proposer une feuille de route avec le préalable de « la démission de suite du secrétaire général, du secrétariat national et de la commission exécutive nationale de l’UGTA », et une « période de transition, menée par une direction provisoire ne briguant aucun poste de direction ».

Plus récemment, le 09 avril dernier, d’autres anciens syndicalistes des secteurs des ports, des Douanes, d’Air Algérie, de la Cnan, de la Cnas, de l’Enag, de la Seeal, de l’ERCE, de l’EGSA, de l’agroalimentaire et de la presse ont créé le Comité national de réappropriation et de sauvegarde de l’UGTA (CNRS-UGTA). Ils ont pris l’initiative d’appeler «l’ensemble des travailleurs et les syndicalistes intègres, soucieux du devenir de leur organisation, à créer des comités locaux (C.L.R.S), de wilaya (C.W.R.S) et régionaux (C.R.R.S) ainsi que des comités au niveau de toutes les entreprises, administrations et espaces de travail » .

 

Questionnements

L’un des chefs de file de ce mouvement de redressement, Ahmed Badaoui, ex-secrétaire général du syndicat des douanes, a animé une conférence le 26 avril sous le thème « la question syndicale aujourd’hui en Algérie ». Les questionnements tourment autour du « peut-on réduire la réalité de l’UGTA à sa direction et au compagnonnage de celle-ci avec le régime ? La situation n’est-elle pas beaucoup plus contrastée avec des structures de base ou des secteurs très combatifs et démocratiques ? Les syndicalistes combatifs qui sont en son sein peuvent-ils converger et travailler ensemble à se réapproprier leur organisation et à la régénérer ? ».
Une chose est sûre, contrairement à l’appel de 2013 qui émanait d’ex-dirigeants nationaux qui se sont éloignés depuis longtemps du monde du travail, les initiateurs du CNRS sont pour la plupart des travailleurs toujours en poste, même s’ils ont eu des démêlées avec leurs tutelles organiques.
Beaucoup de promesses ont été faites pour apaiser le front social au début de cette année. L’abrogation du 87bis, l’abattement de l’IRG, le rétablissement du crédit à la consommation pour les produits nationaux, des recrutements dans la fonction publique, des «permanisations » de personnel et des rattrapages salariaux pour certains secteurs, à commencer par celui des chemins de fer. D’aucuns estiment que si l’actuelle direction de l’UGTA veut encore garder les rênes, il lui faudra se départir du train de vie de « sénateurs » auquel elle a habitué le monde du travail.

Source: Maghreb Emergent

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