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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"C’est le principal ratage historique d’Octobre 1988 « où cette possibilité d’une jonction pour un redressement de la situation existait sur le terrain. Elle a été sabotée le jour J, lorsqu’à Bab-El-Oued, l’armée a tiré sur le peuple."

 

Propos de Saoudi Abdelaziz, recueillis par Malika Abdelaziz, L’Opinion n°187,

18 janvier 1993.

EXTRAITS

"Le césarisme présidentiel en Algérie, c’est un complexe d’éléments a-constitutionnels qui sont, d’abord, utilisation des services de sécurité, leur prééminence dans l’élaboration de la décision et de son application, les interférences claniques régionalistes, c'est-à-dire les réseaux d’influence, et une perversion mafieuse. Tout cela est imbriqué. Ce sont des méthodes obliques qui traversent les institutions. En fait, tout le monde sait ce que c’est : on ne passe pas par des institutions normales, les problèmes ne sont pas soulevés dans les cadres normaux. Et la seule manière de connaître les règles d’un système qui n’en a pas, c’est de ne pas en avoir soi-même ».

L’émergence du « césarisme » coïncide, selon Saoudi, « avec fin 1970, la liquidation de la gauche et des syndicats, leur évacuation du champ de la décision politique de masse, et la mise à l’écart de l’armée de la décision politique. De l’armée en tant que telle, entendons-nous bien. Ce nouveau césarisme, ce n’est pas un appui sur l’armée en tant qu’institution, comme au temps de Boumediène. Ce sont des méthodes de direction qui sont liées elles-mêmes aux influences dominantes : l’esprit de clan, les réseaux, l’émergence de l’individualisme. Même les simples citoyens sont tombés dans le panneau. Le Baril était à 40 dollars ! C’est le congrès du Fln de 1983 qui a parachevé la mise en place du césarisme. Il s’est consolidé au rythme même du développement de l’économie occulte et parasitaire, prenant appui sur les ponctions opérées sur nos ressources à l’exportation. Dans ce système, les règles du marché national et international, les normes d’efficacité sociale, doivent être contournées et, pour cela, ni les circuits ni les mécanismes économiques ne doivent être assujettis à l’Etat de droit. Ni même aux « lois spontanée du marché ». Cette forme de pouvoir est en général admise par les partenaires internationaux lorsqu’elle leur garantit des rapports stables et avantageux avec l’économie utile, notamment le secteur des hydrocarbures ».

Dans l’analyse qui est celle de Saoudi, le «césarisme » n’est pas mort avec le départ de Chadli : « C’est le thème de l’un de mes articles refusés par la presse française. J’estimais que la démission de Chadli et la venue de Boudiaf était un grand pas franchi par l’Algérie. Mais je posais deux questions : Est-ce que la volonté politique de Boudiaf de rompre les amarres avec le césarisme pourra déboucher, ou bien, le mort saisira-t-il le vif ? Ce qui veut dire que je n’excluais pas l’hypothèse d’une surenchère dans « la stratégie de la tension », dans le cadre d’une stratégie anti-FIS forte, de telle sorte à remettre en selle l’ancienne politique de pompage et d’évaporation des richesses nationales ».

C’est le 22 janvier 1993 que sera convoqué le congrès où le PAGS décidera de son autodissolution. Plus précisément, l’entérinera, car, pour Saoudi, « l’Opa montée contre le Pags au début des années 80 est en voie de finition. Par trois mécanismes : un groupe, obstacle après obstacle, a pris la direction du parti, il a créé le Fam, et le Pags, enfin, s’est vidé du trois quart de ses militants. Un travail de flic, d’entretien de doutes, de suspicions et de calomnies a opposé les militants les uns aux autres et a déçu les idéaux. C’est pourquoi tant de gens l’ont quitté. Ce qui était fort dans le Pags c’était des rapports humains de qualité supérieure. Mais avec ces méthodes c’est la bassesse qui s’est emparée du parti. »

Saoudi plaide pour « la réappropriation du Pags », tout en constatant : « C’est un grand problème que ceux qui sont appelés à refonder l’identité communiste moderne soient en dehors du parti ». Le fait qu’il ait ainsi « volé en éclat » est un exemple de cette évolution que Saoudi avoue « n’avoir pas bien comprise. Je n’arrive pas à me dépêtrer de l’idée que, quelque part, on a fait entrer le mouvement démocratique dans un couloir qui, à un moment donné, gripperait la démocratie. C’est ce qui s’est passé. Doit-on simplement raccorder ce fait à la légalisation du Fis ? Je pense que, profondément, on a raté une étape intermédiaire. Une étape de mise à plat des choses, dans un sens positif. Disons : enlever Chadli et essayer d’assainir tout cela. Intuitivement, depuis 1988, je ne partageais pas le chemin global suivi. Pour moi, la priorité absolue c’était de casser le chadlisme, car, par delà Chadli et l’aspirant à la succession, Madani, se posait un problème structurel à ce type de régime : « la stratégie de la tension ». Cette manipulation des extrêmes, frères musulmans contre gauche, avec laquelle en 1977 Boumediène voulait rompre. Les groupes et stratégies illégales convergent de l’intérieur et de l’extérieur de l’Etat pour dominer artificiellement le paysage politique par la force et la manipulation. Seulement, le chadlisme n’est pas une vaste parenthèse. L’establishment politique a été profondément influencé par lui. Et la gravité de la situation est liée au fait que tout l’espace politique était occupé par l’establishment. Dans chaque parti, dans chaque mouvement, les débats de fond étaient connectés à de luttes de pouvoir. Et il y a encore ce phénomène d’atomisation, qui est en lui même un sujet d’études tant il est universel. Cette atomisation du corps social, de la société civile qui est un des effets et un des leviers du présidentialisme, du césarisme, par le biais de mécanismes occultes ». Dont ces mécanismes qui on placé « Francis » dans le bureau politique et le secrétariat du Pags durant dix années. Saoudi était opposé à la légalisation du Fis : « dans le parti, nous n’avons jamais pu mener un véritable débat sur ce point qui était devenu évident, l’interpénétration entre l’Etat et le Fis, entre le Fis et certains milieux et Chadli.» En juin 90 et 91, il s’était exprimé pour le boycott des élections et appelait, en mai 91, à l’intervention de l’armée, ou plus précisément à ce que se dessine « un pacte républicain entre le peuple et l’armée ». De son point de vue, c’est le principal ratage historique d’Octobre 1988 « où cette possibilité d’une jonction pour un redressement de la situation existait sur le terrain. Elle a été sabotée le jour J, lorsqu’à Bab-El-Oued, l’armée a tiré sur le peuple. Les islamistes ont joué sur ce syndrome entre les jeunes et l’armée ». Aujourd’hui, Saoudi considère que « l’armée s’est inscrite historiquement dans la défense des institutions républicaines. Elle est le principal pilier de l’Etat qui reste debout. Mais elle n’a pas rompu toutes les amarres avec le chadlisme. L’armée a jugé, pour des raisons qui sont les siennes, qu’il ne fallait pas rompre. C’est un jugement erroné car, selon moi, il faut qu’à un certain point, un pouvoir, une institution, une nation se délestent. Ceci étant, je considère très important que l’armée préserve son unité autour d’un pacte républicain (...)

Texte intégral de l'interview: Comment on a liquidé le Pags

 

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Safiya 25/04/2014 17:30

J'ai le coeur lourd, le regard qui se brouille, au propre et au figuré. Une question lancinante se pose à moi : l'élimination physique, pendant la décennie noire de nombreux pagsistes, serait-elle la continuité de cette liquidation entamée du PAGS ?

J'ai soudain froid dans le dos. Je me souviens... J'ai vécu à Oran de 1964 à 1970. Je n'oublierais jamais la franche camaraderie des années 67-68-69-70 où l'on murmurait ce sigle magique "PAGS". Années qui m'ont construite et conscientisée à jamais, d'une manière indélébile. Bien que croyante, je me suis toujours sentie communiste aussi paradoxal que cela puisse paraître... Ah ! le théâtre de la mer...