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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Economiste et chercheur, Abdellatif Rebah est également ancien cadre du secteur de l’énergie

15 avril 2014

Il est connu que les cycles économiques ne coïncident pas forcément avec les cycles politiques. Et l’Algérie ne fait pas exception à cette règle. En réalité, ce bilan n’est pas dissociable des politiques économiques inaugurées, il y a plus de trois décennies par Chadli et poursuivies et aggravées par toutes les équipes qui lui ont succédé.

Depuis plus de trois décennies, l’économie algérienne vit sous le régime des réformes libérales censées la conduire sur le chemin de la croissance diversifiée et de la compétitivité internationale.

Toutes les stratégies adoptées, résumées dans le fameux triptyque libre–échange/privatisation/IDE et inspirées des préceptes des institutions internationales du libéralisme ont eu, de l’aveu même de leurs promoteurs, “des résultats décevants.”

Les vulnérabilités et les handicaps structurels de l’économie algérienne se sont aggravés. L’Algérie est maintenue dans une position de mono-exportateur d’énergies (pétrole et gaz). La dynamique de développement initiée au cours des deux premières décennies de l’indépendance a été brisée avant que ne soient corrigées ses fragilités et atteinte sa phase de maturité.

De nombreuses entreprises industrielles – dont certains fleurons – ont été dissoutes ou bradées au privé algérien voire à des multinationales. L’édification d’une économie de production a laissé la place à une économie de bazar axée sur le seul commerce d’importation. Le secteur public, instrument-clé de la stratégie de développement national a été réduit à la portion congrue.

La part de l’industrie dans la production intérieure brute est passée en trente ans de 25% à 5%. Les barrières douanières du pays ont été considérablement abaissées, en attendant d’être totalement levées, OMC oblige, alors que le commerce extérieur a été mis en coupe réglée par des importateurs à qui l’Etat a accordé un véritable monopole. Résultat : les marchandises étrangères inondent le marché, rendant toute renaissance d’une production nationale caduque, tandis qu’émerge, grâce à la corruption, une nouvelle classe d’affairistes sans scrupules. Le développement est en panne. Les déséquilibres sociaux se sont creusés. La dépendance s’est accentuée

Sur cette toile de déséquilibres et de vulnérabilités structurels tissée depuis plus de trente ans et lourdes de périls pour l’indépendance nationale, je retiendrais personnellement et positivement de ces quinze dernières années, la sortie de l’endettement extérieur, car entre 1990 et 2004, l’Algérie avait remboursé plusieurs fois sa dette, en payant au total 90 milliards de dollars de service de la dette, le coup d’arrêt donné au processus de dénationalisation des hydrocarbures, les mesures de redressement patriotique des lois de finances 2009 et 2010, la reprise par l’Etat du contrôle majoritaire de la sidérurgie d’El Hadjar, l’effort d’investissement dans la résorption du déficit en logements, le rééquilibrage du pouvoir d’achat des catégories salariées, la reprise de l’investissement public dans le cadre des programmes de développement des infrastructures. La relance par le BTP a eu un effet sur l’emploi, mais un type d’emploi non qualifié, plutôt masculin, accompagné de salariat non permanent. Les secteurs porteurs de développement technologique, de l’emploi qualifié et des qualifications, l’industrie en particulier, ne suivent pas.

La Banque d’Algérie a indiqué dernièrement qu’il y a une croissance extrêmement importante des crédits, un taux de croissance à deux chiffres, la part alloué au secteur privé est plus importante que celle dédiée au secteur public, et ce, depuis 2005. Elle est estimée à 1400 milliards de dinars, soit un peu plus que celle allouée au secteur public ». Mais ces crédits ne sont pas orientés vers l’investissement productif. Les crédits à l’importation, estimés à un peu plus de 12 milliards de dollars, sont plus importants que ceux alloués à l’investissement productif ; l’investissement productif est resté le parent pauvre.

En réalité, dans le contexte national, qui dit développement industriel dit secteur public puissant et efficient. L’industrie, en tant que facteur d’aménagement du territoire, de rééquilibre régional, de dynamique de l’emploi et des qualifications, le développement des secteurs à risques et des secteurs structurants tout comme la rénovation, la redynamisation et le redéploiement du potentiel industriel, des compétences, des savoirs faire et des expériences accumulés, tout cela peut-il être pensé sans l’existence d’un secteur public « puissant et efficient ».

Les droits sociaux : droits au logement, à la santé, au travail, dont l’inscription dans les textes fondamentaux du pays dans les années 1960 a été un facteur non seulement de progrès social mais aussi de stabilité et de cohésion nationale n’ont pu être mis en œuvre, il ne faut pas l’oublier, qu’à travers le secteur public économique, les services publics, Sécurité sociale, administration. Bref, pas de réhabilitation possible de la stratégie de développement national sans un secteur public puissant et efficient, « facteur de démocratie » et instrument de « renforcement de la décision politique nationale ».

Pour que les jeunes, qui forment la majorité de la population du pays, reconsidèrent l’avenir autrement, il leur faut des politiques qui s’inscrivent dans la durée. Plutôt que le climat du tbazniss et ses dangereuses dérives prédatrices, le pays a plus que jamais besoin d’instaurer un climat de développement national. La question n’est pas du ressort de mesures de politique économique qui ne peuvent dériver que de la stratégie adoptée. Elle relève de choix politiques fondamentaux.

Il s’agit d’une réorientation stratégique d’envergure qui met le cap sur l’objectif de consolidation et de renforcement de l’indépendance nationale et de son contenu social. A l’encontre d’une approche fragmentée, émiettée qui, en restreignant le champ d’observation et d’analyse, bloque l’accès au sens, il faut restituer la vision en termes de trajectoire de développement suffisamment ferme et de longue durée.

L’instrument-clé de cette politique est l’Etat libéré de l’emprise des forces compradores. Cette politique doit se donner sa base sociale-appui et nouer les alliances internationales appropriées permettant de s’émanciper des liens de dépendance par rapport au centre capitaliste. L’arc des forces sociales base de soutien de cette politique est suffisamment large qui regroupe tous les salariés, toutes les catégories liées à la production ,aux sciences et aux techniques, l’entrepreneuriat attaché aux priorités productives du développement économique, l’immense potentiel des jeunes femmes et hommes qui brule d’envie de reconsidérer sa vision de l’avenir et de se réconcilier avec la riche histoire de lutte pour l’émancipation nationale et sociale de son pays et de s’en approprier le message au présent.

Lien: raina-dz.net

 

 

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