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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Vers un scénario à l'égyptienne ?" C'est l'intertitre de la conclusion de la longue enquête de Mediapart menée par Pierre Puchot, son envoyé spécial à Alger intitulée : "Economie informelle, évasion fiscale et corruption rongent l'Algérie".

 

La conclusion

 

« Pourquoi les gens ont-ils senti le danger du quatrième mandat (de Bouteflika) ? interroge l’économiste Abderrahmane Hadj Nacer. Parce qu’il représente la prise du pouvoir de l’argent sale, de l’informel, de ceux qui ne paient pas d’impôts... Je ne veux nommer personne, parce que c’est le piège : Bouteflika, toute sa clique, ça n’est pas l’essentiel. Benflis, cela ne changerait rien au système. Avant, le pouvoir était concentré dans les mains des militaires, quelques hauts fonctionnaires, et puis de vieux politiques. Aujourd’hui, il y a les puissances de l’argent. Et les puissances de l’argent qui décident, ce n’est pas Issad Rebrab (industriel algérien, huitième fortune d’Afrique) qui a au moins le mérite de laisser apparaître une partie de sa fortune et de créer des emplois. Ce sont des gens qui ont amassé des richesses colossales, dont on ne sait pas d’où elles viennent. Comment se sont-ils retrouvés députés, ou sénateurs pour certains ? Au final, ce n’est pas un mariage, mais la mainmise de l’argent sur l’exécutif et législatif. Et aujourd’hui, les dirigeants n’ont plus de technocrates qui leur permettent de faire face aux besoins d’évolution. »

Les retours accusés par la Banque centrale actuelle sont par ailleurs souvent les mêmes : « Nos rapports annuels, digérés par la hiérarchie, ne sont pas pris en compte par le gouvernement », nous confie un cadre conscient de l'impasse dans laquelle est engagée son pays.

L’économie algérienne marche désormais sur un fil : comment l’Algérie, dépendante pour 98 % de ses exportations d'hydrocarbures, peut-elle continuer de vendre le litre de super à 23 dinars (le prix d'une bouteille d’eau), sur-subventionner l’énergie et dilapider l’argent via l’Ansej ? Comment faire pour couvrir une demande intérieure qui explose, sans scier la branche sur laquelle l’Algérie est assise, c’est-à-dire la rente pétrolière ?

« Il n’y a plus d’équilibre, et personne au sommet du pouvoir ne se dit : “ Attention, le prix est si bas et le gaspillage est tel qu'on ne peut plus rien contrôler.” Ce sont des gens qui sont occupés à maximiser leurs profits sur du très court terme pour s’expatrier ensuite. Or tout ça va exploser, on le sait. Un certain nombre de prix de base doivent être multipliés par dix, dont celui de l’essence, qui doit être au niveau de celui des pays voisins. À force de casser le rapport entre la réalité de la valeur d'usage des produits et le prix que l'on demande à la population, on va se retrouver comme en Égypte, un pays appauvri pour des décennies, où il est impossible de vendre un bien de consommation primaire à une valeur proche de cette valeur d’usage. On a ainsi fini par faire de ce grand peuple égyptien un peuple de mendiants, dont la majorité survit tout juste au-dessus du seuil de pauvreté, ne se révolte pas car elle ne pense qu’au prix du pain qu’elle ne veut pas voir augmenter. »

Outre la résistance évidente des importateurs, la réorientation de l’économie algérienne se confrontera pourtant à un second problème : l’habitude de la population de jouir des avantages du secteur informel. « C’est un cercle vicieux : aujourd’hui, s’il n’y avait pas l’informel, beaucoup d’Algériens se retrouveraient en grande difficulté, explique Mohammed Sabah Lamri, venu en Algérie pour monter son entreprise grâce aux fonds de l’Ansej. Pendant la décennie noire, quand l’État n’importait plus, tout le monde est parti dans l’informel. C’est difficile de perdre cette habitude. Aujourd’hui, à Oran, la grande majorité des boutiques, c’est de l’informel. Les marques, les fins des séries à Milan, on les importe toujours dans des valises. Ça va, ça vient, et à la douane, “ combien tu veux, 10 000 dinars ?” Et ça passe. À plus petite échelle encore, j’ai un ami qui tient une alimentation générale dans mon quartier à Oran. Il n’a pas de registre de commerce, mais il fait vivre sa mère, sa sœur. Ça fait cinq ans qu’il économise pour acheter un véhicule… Et en plus de ça, il est illettré. S’il devait payer les taxes et remplir une comptabilité dans les normes, ce serait fini pour lui. Du coup, l’administration le laisse tranquille. » Le scénario égyptien, l’Algérie s’y dirige tout droit.

DR

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Commenter cet article

ariel 10/12/2014 19:20

rase de merde