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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le fléau le plus apparent à l’œil nu,  donc le plus sensationnel à exploiter politiquement.

Karim Tedjani: "Tous les indicateurs sont au rouge, à l’ultra-violet pour certains. L'environnement est un sujet qui se traite globalement, en gardant toujours une approche systémique. Toute focalisation est à prendre comme un égarement où, pire, un tour d'illusionniste".

 

 

ENVIRONNEMENT. Quelle est la véritable priorité gouvernementale de l'Algérie?

Par Karim Tedjani, 23 avril 2014

 

Il est clair que depuis plusieurs années, la politique environnementale en vigueur dans notre pays a été largement centrée sur la problématique de la gestion des déchets…

Comment remettre en question ce fait avéré : c’est le fléau le plus apparent à l’œil nu, donc le plus sensationnel à exploiter politiquement. D’autant que c’est le plus générateur de contrats juteux pour nombre de ceux qui ont su, au-delà de l’odeur nauséabonde d’une Algérie poubelle à ciel ouvert, flairer le "doux" parfum de l’argent facile à gagner…

Enterrer et brûler nos déchets… Voilà la belle affaire ! Revendre, de plus, ce qui est recyclable, non pour produire, mais surtout avec pour finalité d’exporter une fois de plus de la matière première qui sera raffinée et valorisée hors de nos frontières. Pourtant il est avéré que les pays leaders dans le domaine ne laissent qu’à peine 10 pour cent de leurs détritus finir à la décharge. Le reste est réintroduit dans le tissu productif, une remise en valeur qui a pour effet de réduire sérieusement l’accumulation des ordures sur la voie publique.

Partout où il est annoncé la construction d’un Centre d’enfouissement technique, d’une décharge officielle, d’un incinérateur, la réaction des populations locales ne se fait d’ailleurs pas attendre. Un refus catégorique, une défiance justifiée à bien des égards face à ces infrastructures dont certaines, comme celle de Ben Badis (Constantine) ont déjà une bien mauvaise réputation. Provoquer le mal en singeant de vouloir le guérir, après tant de couacs dans ce domaine, les citoyens ne veulent pas de tels usines à pollution potentielles se construire près de chez eux. Ce qui se passe à Reghaia est à mille lieux d’apparaître comme un cas isolé.

Si l’on voulait vraiment lutter contre la prolifération des déchets dans ce pays devenu de plus en plus sale, à mesure qu’il ne produit plus rien, il faudrait peut-être songer à veiller à maîtriser la production des produits consommés par la population algérienne au quotidien. Produire et non seulement assembler « in Algéria » ou bien importer tout et n'importe quoi. Investir dans le développement de conditionnements biodégradables au possible, recyclables au mieux. Recycler, revaloriser, réinjecter dans un tissu industriel élaboré pour être soutenable pour l’environnement et la santé publique.

De plus, quand on sait que l’Europe a donné à ce pays , il n'y a pas si longtemps de cela, une enveloppe de plus de 35 millions d’euros pour endiguer la pollution de nos plages à cause des saletés déversées par le transport maritime en mer Méditerranée, on se demande pourquoi des bénévoles sont-ils encore sollicités pour le nettoiement de notre littoral qui ressemble le plus souvent à une poubelle géante ( ?)

Qui lutte dans ce pays contre le gaspillage, les obsolescences programmées de toutes nos infrastructures, contre la malbouffe , le manque d'hygiène de nos commerçants, la quasi absence de poubelles sur la voie publique, les incivilités en tout genre? Qui réprime les délinquants environnementaux et encourage les initiatives de la société civile quand il s'agit d'écologie?

La priorité, c’est justement de penser qu'il n'y en a pas. Que tous les indicateurs sont au rouge, à l’ultra-violet pour certains et, que l'environnement est un sujet qui se traite globalement, en gardant toujours une approche systémique. Toute focalisation est à prendre comme un égarement où, pire, un tour d'illusionniste.

L’air est vicié, chargé de micro- particules toxiques, de poussières véhiculant bactéries et maladies oculaires. L’eau est sale dans nos oueds, calcaire dans nos robinets, de plus en plus suspect dans nos sources naturelles. Nos forêts sont en train de disparaître à cause du laisser faire de nos autorités face aux plus viles prédations mercantiles. Notre nourriture est de moins en moins naturelle, à force de laxisme et de contrôles truqués. On construit n’importe comment et n’importe où. La biodiversité est menacée par tant d’actes inciviles etc. Toute ces pollutions, ces dégradations sont malheureusement interactives entre elles...

Le pire, dans tout cela, c’est que beaucoup trop d’Algériens ne réagissent plus à tant de dérives écologiques. Ils en sont même arrivés à les considérer comme des préoccupations secondaires, au regard de leur difficulté à bien-vivre leur quotidien.

A les observer croupir passivement dans cette saleté publique généralisée, sans afficher la moindre gène, à en voir certains agir avec la nature sans autre conscience que celle du prédateur attiré par l’appât du gain facile, à les voir préférer le chant des oiseaux en cages plutôt qu'en liberté, dont ils monnaient même le panache, on pourrait se demander légitiment si la priorité au fond, ne serait pas de changer en profondeur l’environnement, l’écologie, l’écosystème vicié qui pollue la tête d’un nombre considérable de gens dans notre pays…

Il faudra, pour cela travailler sur des générations pour éduquer toute la société algérienne au respect de sa nature, donc de soi, de la Chose Publique, la Nation... Rien de forcement sensationnel, pas forcement rentable à court terme, mais tellement urgent à mettre en place sincèrement...

 

Lien: http://www.nouara-algerie.com

DR. Décharge de Oued Fayet

DR. Décharge de Oued Fayet

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