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Publié par Saoudi Abdelaziz

Deux économistes s'expriment à l'occasion du débat de fond encore timide que devrait pourtant susciter "l'actualité présidentielle", par delà les choix électoraux des uns et des autres. L'un enseigne à Montréal, l'autre à Alger. A partir d'angles différents, tous deux veulent lever les voiles qui occultent les causes de l'échec économique algérien. Que cachent "les stratégie de management" sur lesquelles se penche Omar Aktouf, ou "le brouillage de sens, aussi puissamment diffusé par les centres impérialistes" analysé par Abdellatif Rebah.

EXTRAITS

 

Omar Aktouf. "Il n’est pas trop tard pour l’Algérie pour changer de cap, mais le temps joue terriblement contre nous"

Or, ce que l’on voit le plus en Algérie c’est une agitation frénétique autour de l’importation de modes, programmes et diplômes (MBA, DBA…) qui ne sont que techniques, how-to, simples procédures de niveau méso et micro : ce qui se retrouve derrière des théories et pratiques traitant de «stratégie», «management», «gouvernance»… Tout cela n’est que «techniques» ou modalités opératoires absurdes en soi, manquant cruellement de perspective autres que le fait de «prendre soin de l’argent» et le multiplier à n’importe quel prix. Ce dont nous manquons le plus, c’est de vision macro, de paradigme, de finalité, de sens et de raisons quant à ce que nous faisons en guise d’activités dites économiques. Pour qui ? Pourquoi ? Pour quel projet de société ? Quelle communauté humaine ? Quel niveau de vie et pour qui ? Aucun «how-to» ne répond à ces questions fondamentales. La multiplication des écoles de gestion à la US (que du «how-to») et des diplômés de ces écoles temples du néolibéralisme ne feront qu’aggraver les choses, point ! Une constituante serait ici fort utile pour établir un projet de société et dire si notre peuple veut une Algérie à la US ou non (...).

Ce sont des statistiques et des faits dévastateurs pour notre pays. Elles ne font que confirmer ce que l’on atteint à foncer tête baissée dans les affres du néolibéralisme et du désormais létal modèle US qui a été utile et efficace en un temps passé, mais qui n’est plus que criminels boursicotages et châteaux de cartes financiers sur le dos des classes moyennes, de la nature et du salariat (voir Inequality for all de R. Reich et Inconvenient truth de Al Gore…). Ce ne sont pas là les «réalisations» de notre seul Président-candidat actuel, elles découlent de politiques économiques faites de bric et de broc et de fantaisistes revirements d’incompétents depuis quasiment l’indépendance de notre pays.

De plus, depuis l’ère de notre «ouverture» au capitalisme et la mondialisation néolibérale, l’Algérie a tout abdiqué au dieu marché autorégulé («institution qui n’a ni cœur ni cerveau» comme disait le Nobel Paul Samuelson). Ce sera donc ma conclusion : confier le destin de pays et peuples à un prétendu «libre marché» n’est que dénaturation de l’Etat devenu repaire de businessmen et vassal d’un nouveau clergé imposant les desiderata du business comme «sciences», «ordre naturel des choses». Or, les forces du business mènent, lorsque non surveillées et encadrées (elles le sont, avec les résultats qu’on connaît, en Allemagne, Suède, Japon, Malaisie, Corée du Sud…) inéluctablement aux corruptions (les lobbies US ne sont qu’hyper corruption légalisée), aux scandales, aux injustices, aux inégalités, à l’épuisement accéléré de la nature. Il n’est pas trop tard pour l’Algérie pour changer de cap, mais le temps joue terriblement contre nous".
 

Abdellatif Rebah.  "Le lexique euro-labellisé ou dollaro-estampillé, homogénéisé aura rempli sa fonction : faire que les poules aillent à l’abattoir de leur propre gré".

"L’indépendance n’a pas été une rupture mais un leurre, la guerre de libération a été l’occasion de règlements de compte entre clans, la souveraineté nationale n’a été qu’un prétexte pour assoir le diktat d’un pouvoir militaro-politique"…L’inventaire des ratés, déboires et crises de la construction étatique-nationale tient lieu, en permanence, de bilan critique auquel doit sacrifier tout esprit d’analyse s’il ne veut pas encourir le soupçon d’être asservi au pouvoir(...). Le lexique euro-labellisé ou dollaro-estampillé, homogénéisé aura rempli sa fonction : faire que les poules aillent à l’abattoir de leur propre gré. Car c’est de cet enjeu vital qu’il s’agit, en définitive !(...)

Mais, ce brouillage de sens, aussi puissamment diffusé par les centres impérialistes, aurait-il eu la même efficacité si ses proies potentielles ne lui avaient prêté le flan consciemment et ou inconsciemment. Il ne peut déployer avec succès sa toute puissance que parce qu’il trouve des relais acquis et complaisants et un terrain offrant les brèches, socio-économiques notamment, propices. Un flou systématiquement diffusé par ces relais enveloppe le panneau de direction des mutations algériennes, masquant le sens véritable des changements en cours. Un voile idéologique épais est tissé sur la nature et les enjeux réels de cette « transition », tout comme sur les véritables leçons de son échec. Mais la question essentielle qui ne peut être éludée sans conséquences néfastes est : un Etat national qui cumule les vulnérabilités économiques, sociales, culturelles se délestant lui-même de ses leviers d’autonomie décisionnelle a-t-il les capacités de riposter à cette guerre de déstabilisation souterraine qui sous couvert de renverser « la dictature » prépare la liquidation de l’indépendance du pays et de ses conquêtes, pour nous ramener à la case départ. Trente années de démantèlement libéral et d’abandon de la stratégie de développement national autonome ont dangereusement pavé la route à cette terrifiante perspective(...).
Alors que la décolonisation a tendu, selon l’expression de Jacques Berque, à « une distribution mieux répartie de l’initiative historique sur la face de la Terre », on assiste depuis deux à trois décennies à un processus inverse, régressif ciblant la liquidation du principe sacro-saint de la souveraineté de l’Etat national que l’impérialisme mondial devait, il y a 25 ans encore, prendre en considération pour réaliser ses intérêts. (...). La médiation de l’Etat national est un obstacle à réduire sinon à éliminer. L’impérialisme ne tolère plus l’autonomie politique des Etats périphériques dominés. Naturellement, il ne s’agit pas pour lui d’aménager des Etats économiquement viables. Il "raisonne" en termes de territoires à exploiter et de marchés à s’accaparer ; l’essentiel c’est d’avoir des relais efficaces et qui obéissent au doigt et à l’œil à la discipline du capital global. La viabilité relève précisément de la logique de valorisation du capital global. Les fonctions- clé nécessaires à la viabilité économique de l’ensemble sont au niveau de la commande centrale. L’Etat algérien doit être réduit au rôle de simple opérateur administratif de la mondialisation capitaliste, au service des donneurs d’ordres des multinationales et de leurs relais locaux (...).
Terrifiante perspective d’une Algérie renvoyée dans les tréfonds de l’anté-Novembre qui dit éloquemment combien est plus que jamais actuelle, la nécessité de la renaissance des idées d’un Etat national, souverain dans ses choix fondamentaux de développement national indépendant, fort par son caractère démocratique et riche de sa diversité culturelle. Peut-on, cependant, envisager cette renaissance de l’idée nationale, cette réorientation stratégique d’envergure qui met le cap sur l’objectif de consolidation et de renforcement de l’indépendance nationale et de son contenu social, sans la reconquête de la capacité de pensée autonome, seule source de production d’idées créatrices et d’organisation forte et efficace ?"

 

DR

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Ouas Ziani 10/03/2014 23:01

Si seulement les carottes étaient cuites.....elles sont calcinées !