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Publié par Saoudi Abdelaziz

Lu dans la presse. "Quelques dizaines de militants du mouvement Rachad, ont marché depuis la place de l'émir Abdelkader jusqu'à la Grande Poste, avant de rejoindre les manifestants de Barakat, ce samedi 15 mars à Alger". Que veut Rachad, où militent des islamistes adeptes d'une "théologie de la libération", et souvent liés au mouvement social? Dans une interview datée du 28 février dernier, Mourad Dhina, le co-fondateur le plus en vue, exposait la position de son mouvement, au lendemain de l'annonce de la candidature de Bouteflika.

 

TEXTE INTEGRAL

Quelle a été votre réaction en apprenant qu’Abdelaziz Bouteflika se représentait ? Est- ce que vous vous y attendiez ?

Mourad Dhina: Que Bouteflika se représenterait était évidemment une éventualité. Il faut aussi savoir que Bouteflika est un mégalomane qui ne peut se voir que comme chef et homme providentiel. On a cependant cru un moment que son état de santé, manifestement incompatible avec les exigences de la fonction présidentielle, l'inciterait à se retirer. Mais apparemment la mégalomanie et l’insistance de ceux qui tirent profit du système Bouteflika ont eu le dernier mot. Il est cependant évident que le contexte actuel, qui a atteint son paroxysme avec le conflit ouvert et étalé sur la place publique entre le clan Bouteflika et le clan « Etat-DRS », est différent des « scrutins » précédents. La fameuse devise du « consensus » au sommet semble arriver en fin de vie et pour peu qu'il y ait une classe politique à la hauteur de la mission, la conjoncture actuelle peut être l'occasion d'en finir une fois pour toutes avec ces clans et s'engager effectivement dans un processus qui amènera l'Etat de droit à l'Algérie. Une telle démarche n'est en fait pas une simple option mais bien une nécessité vitale, sinon l'Algérie risquerait la dislocation.

 

La partie électorale semble jouée d’avance, des personnalités politiques militent pour l’abstention. Quelle est la position de Rachad?

Rachad considère que la nature même du pouvoir algérien est en totale contradiction avec la notion d'élections libres. Le pouvoir ne conçoit les élections que comme une cérémonie visant à introniser ceux qu'il a décidé de coopter. En plus de pratiques connues et non constitutionnelles – conclaves de hauts gradés pour prendre des décisions politiques – il y a un attirail législatif qui muselle toute action concrète de l'opposition comme par exemple les lois sur les associations (et partis politiques) et sur l'information. La position de Rachad est dans ce contexte la « non-participation » qui diffère du boycott par le fait que nous refusons ce mode de gouvernance dans son intégralité et que nous considérons que l'urgence réside dans un changement de fond de la nature du système politique algérien. Ceci pourrait venir à travers un consensus et une période de transition. Le pouvoir actuel pourrait participer à ce processus s'il choisit la voie de la sagesse et ne continue pas dans une fuite en avant qui conduirait inéluctablement à son effondrement. En effet, comme le démontre la grave crise que l'on a vue en ce début 2014 au sommet du régime, le pouvoir est tout simplement en faillite.

 

Plusieurs anciens vrais moudjahidine – dont Djamila Bouhired et Yassef Saadi, pour ne citer que les plus connus – appellent à manifester contre le quatrième mandat. Soutenez-vous leur initiative ? En préconisez-vous d’autres ?

Mourad Dhina: Nous sommes contre un quatrième mandat de Bouteflika mais nous tenons aussi à rappeler que Bouteflika n'est qu'une face du problème. Il ne faut pas oublier que l'Algérie est toujours sous l'emprise de « l'Etat-DRS » et nous craignons que certains de ceux qui s'opposent à Bouteflika ne le font que pour tenter de sauver cet « Etat-DRS ». Nous, nous disons non à l' « Etat-DRS » qui a mis en place le « système Bouteflika » et qu'il faut mettre un terme à cette situation dans sa globalité. Nous ne soutiendrons que les initiatives allant dans ce sens. Notre souhait est de voir ceux qui partagent cette vision se rassembler et oeuvrer pour une période de transition. Nous avons des idées claires à ce sujet et nous souhaitons en débattre avec tous les partenaires pour en finaliser les objectifs et les modalités.

 

Des troubles qui secouent l’Algérie depuis quelques années, les médias occidentaux ne retiennent que les manifestations de chômeurs du sud algérien et les émeutes au Mzab. Au-delà du malaise profond qui parcourt la société algérienne, pensez-vous que ces mouvements peuvent être manipulés par l’étranger ?

Ceux qui voient la « main de l'étranger » à chaque crise qui secoue le pays exagèrent et ils le savent bien car le malaise en Algérie est réel et profond. Les raisons de ces malaises sont diverses et les revendications sont souvent légitimes mais résultent parfois de la devise « prendre sa part maintenant ou jamais » qui est le fruit des politiques du régime. Ces politiques véhiculent le message que tout ce qui est réalisé dans le pays – logements, routes, etc… - est un bienfait du régime ou de « fakhamatouhou » (Bouteflika) alors que des valeurs comme le travail, l’honnêteté ou l'éducation sont discréditées dans la pratique et mal vues par le régime car elles affranchissent le citoyen de la tutelle du pouvoir bienfaiteur, omniprésent et qui ne peut donc être remplacé. L'Algérien Lambda considère donc que cet « Etat » doit lui donner tout et tout de suite parce que « tout le monde » et surtout les privilégiés du régime se servent à leur guise. C'est une façon de dire aux dirigeants : « vous bouffez » sans impunité, nous voulons aussi notre part ! Bien évidemment il y a aussi des revendications tout à fait légitimes découlant d'injustices et de dysfonctionnements d'un Etat sclérosé qui repose sur le népotisme et la médiocrité. Il y a aussi certainement des conflits entretenus par le pouvoir, soit par incompétence, par fourberie ou manipulation. En ce qui concerne l'ingérence étrangère, tout patriote ne peut bien sûr pas l'ignorer mais je pense qu'aujourd'hui l'ingérence étrangère trouve sa voie en Algérie à cause des crises au sommet, de la corruption et du sentiment de vide politique. L'apathie ou le gel des instruments constitutionnels de contrôle, comme le parlement ou la Cour des comptes, rend encore plus facile cette ingérence. Il est évident aujourd'hui que celui qui ouvre la voie à l'ingérence étrangère est justement ce pouvoir et ses relais corruptibles. Les « étrangers » ont des intérêts et ils ne se priveront pas de profiter de la situation tant que l'Algérie continuera d'être gérée par un pouvoir moribond et en rupture avec son peuple.

 

L’Algérie semble être une nouvelle fois arrivée à un point de rupture. Quels sont, pour votre pays, les avenirs possibles à court et moyen terme?

L'apogée d'une crise peut être un point d'inflexion et se muer en opportunité. J'espère que nous avons fini notre chute et que nous ne trouverons pas un moyen pour creuser plus profond et aller vers l'éclatement de notre pays. Il est évident que nous sommes dans une phase importante : fin de l'ère Bouteflika, discrédit du système DRS, ras le bol généralisé vis-à-vis de la soit disant légitimité historique dévoyée et échecs moraux, sociaux et économiques patents. Il y a aussi une prise de conscience dans la société civile et les élites politiques de la nécessité d'un consensus et d'un compromis qui ouvrirait la voie vers la construction d'un Etat de droit et que c'est la société qui doit en être le moteur et le garant. J'ai la conviction que cette perception est partagée y compris par de très nombreux officiers de l'armée algérienne qui devront participer à cette nouvelle étape de réforme du système de gouvernance en Algérie. Il est en effet important que soit défini de manière claire et contrôlable le rôle de l'armée et des services de sécurité et de renseignement dans le système politique auquel nous aspirons. Je garde espoir que le rêve d'une Algérie nouvelle, prospère, puissante et garantissant à ses citoyens dignité et liberté, est réalisable.

 

Source: Le blog de Gilles Munier

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