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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Intéressant article dans la revue marocaine Tel Quel sur le référendum en Crimée. Souleiman Bncheikh note : "Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont en effet vu utilisée contre leurs intérêts la notion de « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Le renouveau de cette notion, matérialisé par la partition du Soudan en 2011 avec l’accord de Washington et, donc en 2014, par la sécession de la Crimée sous l’égide de la Russie, pourrait à terme raviver l’idée d’un référendum semblable au Sahara occidental'.

 

Décalages. Droits des peuples et force des nations

Par Souleiman Bencheikh, 29 mars 2014

 

Ce qui se joue en ce moment en Ukraine ne peut être analysé à l’aune d’une hypothétique morale qui présiderait aux relations internationales. Il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants.

Un référendum vient donc d’avoir lieu en Crimée, une région autonome d’Ukraine, à la frontière avec la Fédération de Russie. Plus de 95% de la population se sont exprimés en faveur d’un rattachement à la « mère patrie » russe. L’Ukraine, ce pays qui a chassé son président pro-russe parce qu’il refusait d’entériner un partenariat de première importance avec l’Union Européenne, subit donc les foudres de Moscou. En 2008 déjà, le président russe de l’époque, Dimitri Medvedev, était intervenu en Géorgie – autre marche de l’empire des tsars – pour soutenir un mouvement de sécession en Ossétie du Sud. Mais la Russie avait finalement reculé, se portant garante des frontières de 1992, établies sur les décombres de l’empire soviétique. Auparavant, la guerre au Kosovo avait montré à ceux qui en doutaient la détermination de la Russie à éradiquer toute volonté de sécession de ses républiques autonomes. En 2014, la donne a évolué : Poutine ne se contente plus de mater une révolte au sein de sa fédération ou de soutenir une sédition dans un pays satellite, il étend les frontières de la Fédération de Russie au détriment d’un autre ensemble géopolitique, l’Union Européenne, nain politique et géant économique aujourd’hui essoufflé.

Tous les pays ne sont évidemment pas concernés au même degré par l’enchaînement des événements en Ukraine. Mais il est en même temps évident que la ligne de fracture de plus en plus distincte entre les intérêts russes et ceux du bloc occidental ne manquera pas d’avoir des répercussions ailleurs qu’en Europe de l’Est. Ce sont d’ailleurs les mêmes grandes puissances qui s’affrontent sur le dossier syrien et la même sourde volonté de puissance qui anime ces Etats-nations aux ambitions internationales.

Les bruits de bottes russes en Ukraine ont au Maroc une résonance bien lointaine. Ce conflit nous concerne-t-il d’ailleurs vraiment ? Ses enseignements sont en fait de deux sortes. On ne peut d’abord s’empêcher de rappeler que l’accord de partenariat que propose l’Union Européenne à l’Ukraine est, à beaucoup d’égards, semblable à celui que nous avons nous-mêmes avec Bruxelles. De ce côté-ci de la Méditerranée, un tel partenariat n’a jamais soulevé d’oppositions significatives : contrairement aux Ukrainiens qui peuvent être partagés entre deux modèles de développement et d’intégration, le russe et l’européen, nous n’avons pas d’alternative objective à l’Europe, du moins pas d’autre locomotive pour nous arrimer au développement.

Le second élément qui devrait intéresser le Maroc est le précédent que représente le référendum en Crimée. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont en effet vu utilisée contre leurs intérêts la notion de « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Le renouveau de cette notion, matérialisé par la partition du Soudan en 2011 avec l’accord de Washington et, donc en 2014, par la sécession de la Crimée sous l’égide de la Russie, pourrait à terme raviver l’idée d’un référendum semblable au Sahara occidental. Pour le Maroc, l’enjeu est le suivant : comment sortir d’une situation de statu quo qui ne profite pas à la pérennité de ses intérêts au Sahara ? Comment éloigner la perspective d’un référendum porteur de tous les dangers car otage d’enjeux étatiques disparates ? Comment reconquérir les cœurs de nos concitoyens du sud ? Comment empêcher que ce territoire, potentiellement riche en hydrocarbures, ne tombe un jour sous le charme d’un pays rival qui, soutenu par une grande puissance, leur proposerait une alternative crédible ?

Source: telquel.online

 

 

 DR. 2 000 kilomètres de mur délimite le Sahara occidental. DigitalGlobe/Google

DR. 2 000 kilomètres de mur délimite le Sahara occidental. DigitalGlobe/Google

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