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Publié par Saoudi Abdelaziz

La revue de presse "de loin" n'est pas un travail neutre. Il faut faire des choix, et distinguer, parmi les organisations et personnalités politico-médiatiques qui campent aujourd'hui dans une opposition déclarée, celles qui sont intégrées aux mécanismes du système, de celles qui sont vraiment indépendantes de ses manigances. La fermeté "formelle" du discours n'est pas un critère probant en Algérie où le fond des options en jeu est évacué "systématiquement" par la partie la plus médiatisée de la classe politico-médiatique "installée", partagée entre suivistes, boycotteurs qui tous ensemble semblent suivre un scénario écrit ailleurs. Au profit d'invectives très bien intégrées, car elles contribuent à faire du peuple algérien un peuple de lecteurs et d'auditeurs, exclu des places publiques et limité à une citoyenneté cantonnée aux lieux de travail. Aujourd'hui, se vérifie ainsi, encore une fois, une pratique politique à l'Algérienne : les analyses et prises de positions de ceux qui veulent changer de système, sont prudentes et assourdies, comme celles de Mouloud Hamrouche, de Sadek Hadjerès et hier du Conseil national du FFS. Empreintes d'espoir et de crainte, elles suggèrent une situation politique où se nouent, à part égale, d'importantes potentialité de progrès...ou de régression.

S. A., 8 mars 2014

 

"Les classes populaire en retrait"; titre K. Selim dans le Quotidien d'Oran, à propos des manifestations de la fac centrale contre le quatrième mandat. Le, souvent, sagace éditorialiste note : "Mais encore une fois, une colère et une indignation ne font pas un mouvement. N'oublions pas que si la Tunisie s'est mise en mouvement, c'est parce que Gafsa, Sidi Bouzid et Kasserine ont bougé. En clair, c'est l'irruption des classes populaires qui a changé la donne, pas les blogueurs ou Facebook. Et les classes populaires en Algérie restent en marge, en retrait, profondément marquées par le traumatisme des années 90. Bien décidées à ne «pas se faire avoir une fois de plus(...). Cela sert, bien entendu, le régime. Tant que les classes populaires ne bougeront pas, il est relativement tranquille (...) De manière facile, certains s'en prennent aux Algériens qui ne seraient devenus que des «estomacs» sans se rendre compte de l'injustice du jugement. Où sont les avant-gardes ? Les militants ? Or, même si les journaux ont réussi plus ou moins à donner quelques illusions, l'Algérie est devenue un désert politique (...).  Il n'y a pas de solution miracle à une impasse. Il y a un travail, laborieux et difficile, de reconquête des classes populaires pour les intéresser à la politique, c'est-à-dire au domaine public".

"En se focalisant sur le 4e mandat, les auteurs de ces manœuvres cherchent à tromper l’opinion pour aligner une opinion, réfractaire aux compétitions claniques, sur le candidat de rechange désigné par des officines". Le communiqué du RCD, publié hier, met en garde: "Les manipulateurs d’aujourd’hui veulent convaincre que l’Algérie vivait auparavant dans un État de droit et suggèrent que si le système pouvait imposer un autre de ses membres, la démocratie irait de soi.” Le RCD ne veut plus avaler les couleuvres du système et appelle en particulier “les citoyens de Kabylie à se mobiliser pour déjouer les provocations, dénoncer les fausses solutions dans lesquelles les parrains veulent enfermer le débat, et disqualifier l’ensemble du processus électoral en cours par toutes les actions pacifiques que les patriotes peuvent mener ensemble"

Le Mouvement Démocratique et Social, après avoir préconisé le vote blanc dans un premier temps monte la barre et choisit un terrain où il se sent sans doute plus à l'aise en ces temps brouillés. Il ressort, comme par reflexe naturel, les griffes éradicatrices anti-islamistes, dont on le pensait débarrassé. Il se démarque de "toute la classe politique", car selon son communiqué publié hier «Comme le pouvoir, cette classe politique travaille pour la réunion des conditions d'une amnistie générale en Algérie. Ils veulent mettre dos-à-dos ceux qui ont sauvé la république et ceux qui ont voulu sa destruction». Contrepoint parfait de cette surenchère, le même jour, Jeune Afrique publie les propos de Mohamed Benaïcha, ancien "moudjahid" du FIS : "Pourquoi les anciens de l'AIS [Armée islamique du salut] n'ont-ils pas été réintégrés à leurs postes ? Et pourquoi certains moudjahidin sont-ils encore en prison ? Ce n'est paBouteflika mais l'armée, avec qui nous avions négocié entre 1997 et 1999, qui est responsable de la non-application des accords."

Samir Bouakouir, qui signe "ancien porte-parole du FFS" conclut dans le même sens au terme de sa féroce diatribe contre "un plébiscite à la Nord coréenne", qui se prépare.

"Que faire ? s'interroge-t-il? Avant tout, sortir de l’agitation politicienne, des jérémiades anti-«clan présidentiel», du faux débat sur le 4e mandat. Ensuite, rassembler les segments éparpillés de l’opposition autonome, au-delà des différences idéologiques et se poser en alternative au chaos programmé. Il ne faut pas que l’effondrement du régime entraîne celui de l’Algérie".
Samir Oubaya, sur son site Algérie-libertaire, affirme sa démarche de républicain-anarchiste : "Je le dis avec la conviction que l'heure actuelle est à la défense de la république contre toute entreprise franquiste et royaliste d'où qu'elle émane !(...) C'est pourquoi, il est dans le devoir de chacun et de chacune de prendre consciemment la décision que lui dictera uniquement sa propre volonté! Sans nul mot d'ordre partisan ni collectif, les individus doivent prendre conscience de leur libre arbitre et de leur pouvoir réel de décision sur eux même et leurs devenirs, ainsi seulement ils trouveront le chemin de la liberté qu'est la dignité humaine, l'offensive plus que la résistance contre toutes les formes d'autoritarisme !

La déclaration du conseil national du FFS cadre d'emblée les enjeux: "Nous ne pouvons que regretter le maintien d’un système où les décideurs  dans les différentes sphères de décision continuent de tout se permettre après que les grandes puissances  mues par leurs seuls intérêts stratégiques et économiques lui  aient déjà tout permis. Nous sommes toujours dans une république des décideurs où les élections ne sont qu’une formalité pour imposer leurs options". Le FFS estime en conclusion: "Dans ces conditions, pour le FFS participer est inconcevable. L’option du boycott, même si elle est respectable, ne constitue pas à elle seule une alternative. Dans l’ordre historique et dans l’ordre stratégique, dans l’étape actuelle, la reconstruction d’un consensus national, autour d’un programme et d’un calendrier de transition, est notre objectif majeur. Nous avons la conviction inébranlable que nous ne le reconstruirons pas seuls; la porte demeure ouverte à tous ceux qui y viendront, par delà leur position du moment. Nous avons la conviction inébranlable que ce consensus est inéluctable".

Le communiqué du PST affirme "Alors que la crise politique persiste au sein du régime entre partisans et adversaires du « Bouteflikisme », le peuple algérien ainsi que les questions économiques et sociales sont exclues du débat sur l’avenir du pays". Pour le parti socialiste du travail "quel que soit le consensus qui se trame entre les factions au pouvoir, il ne peut se substituer au choix libre et démocratique du peuple algérien. Pour le PST, ceux qui proposent des solutions transitoires issues des conférences de partis politiques ou de comités d’ « experts », tout comme ceux qui préconisent l’intronisation d’un homme providentiel ou de l’intervention de l’armée, oublient qu’il y a un peuple souverain dans ce pays. Ces « solutions », déjà mise en œuvre dans les années 90, n’ont- elles pas débouché sur Bouteflika et son régime « monarchique » ? (...) L’enjeu de la présidentielle d’avril, loin d’être réduit à la maladie de Bouteflika ou à l’identité de la « personnalité consensuelle » de rechange, se situe au niveau du projet économique et social que le peuple algérien doit choisir en toute liberté. Il se situe au niveau du projet national et démocratique de notre société. Pour le PST, l’élection d’une assemblée constituante souveraine et représentative des travailleurs, des chômeurs, des femmes et de tous les opprimés de notre peuple est la seule solution démocratique à la crise actuelle du régime".

Terminons par "l'éloge de l'alternance", une chronique du professeur de polytechnique, Chems Eddine Chitour dont nous reprenons quelques extraits:

"Une fièvre dangereuse s'empare des Algériens à l'approche de l'élection présidentielle (...). A tort ou à raison, le débat se focalise sur l'empêchement ou non du président sortant à se porter candidat. On se souvient qu'à Sétif le président Bouteflika dans un aveu honorable avait convenu que la génération de la Révolution avait fait ce qu'elle a pu pendant un cinquantenaire pour diriger le pays mais que le moment est venu de passer le témoin à une autre génération pour une deuxième révolution, soixante ans après la première.(...). Pour ma part, je voudrai développer mon plaidoyer en tentant de convaincre que nous sommes déjà bons pour la partition 4e mandat ou pas, à moins d'un sursaut trans-partis et surtout de la société civile dont ce qu'elle compte de femmes et d'hommes plus intéressés par le destin du pays que par leur parcours personnel et surtout avec l'implication nécessaire de ceux qui ont déjà donné à ce pays et qui ne peuvent pas rester indifférents au sort qui attend cette Algérie plusieurs fois millénaire qui nous tient tant au cœur (...).Comment, avant toute chose, cimenter la nation algérienne. Cela devrait être de mon point de vue la priorité des priorités qui fera que nous pourrons ou non résister à l'émiettement qui nous guette (...). La tentative d’industrialisation sous Boumediene, aussi discutable soit-elle était à n'en point douter une époque bénie par rapport à l'anomie actuelle qui s'est emparée de chaque Algérien qui passe son temps non pas à travailler mais à comment garder la tête hors de l'eau ayant une confiance toute relative dans ses dirigeants. Ce n'est donc pas de mon point de vue un problème de personne mais un problème de cap, d'une société fascinée par l'avenir qui fait confiance à ses citoyens, qui réveille en chacun d'eux le génie et la création de richesses tout en le protégeant contre les abus par une justice réellement indépendante et la «liberté» d'être libre de ses choix culturels, cultuels à l'ombre des lois de la République fruit d'un consensus du vivre-ensemble dans ce XIe siècle de tous les dangers(...).

Le citoyen de 2030 vient de naître, laissons-lui la possibilité de se développer harmonieusement. Laissons- lui une Algérie viable du développement durable à l'instar de la Norvège pour ses générations, sortons de cette ébriété énergétique pour aller vers la sobriété en tout. Redécouvrons ce que l'on savait faire, remettons-nous au travail. C'est assurément la seule voie de salut si on veut gouverner avec sagesse ce pays qui a tant besoin de sérénité".

 

S. A., 8 mars 2014

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