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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Long entretien dans le Le Soir d'Algérie du 4 mars 2014. William Sportisse* y parle d'abondance du PCA, mais aussi du PAGS. Nous avons relevé ce passage, où il analyse, dans un raccourci historique saisissant, les rapports entre le pouvoir et le PAGS, après le coup d'Etat du 19 juin 1965.

"L'aile progressiste de la petite bourgeoisie au pouvoir dirigée et impulsée par le président Boumediène avait réussi à prendre le dessus sur l'aile conservatrice favorable au libéralisme économique et à l'étouffement des libertés démocratiques pour les travailleurs.

La nationalisation des hydrocarbures et des autres richesses minières et l'utilisation des revenus de leur exploitation par des sociétés publiques ont contribué à l'industrialisation du pays. Cette industrialisation a pu se réaliser par sa prise en charge des sociétés publiques et des capitaux appartenant au jeune Etat algérien. Toutes ces mesures économiques puis sociales au service du peuple ont été accompagnées d'une vie démocratique associant de plus en plus le peuple à la gestion du pays. Le soutien accordé par les communistes à ces mesures a créé les conditions de leur libération des prisons où le pouvoir issu du coup d'Etat les avait jetés".

Nous soulignons ce curieux raccourci historique, qui va sans doute accréditer, de l'intérieur, le pont-aux-ânes sur la "connivence" entre le PAGS clandestin et le pouvoir.

Il faut quant même revenir aux faits. Les progressistes arrêté après le coup d'Etat du 19 juin ont commencé à être libérés en novembre 1966. Ces libérations qui seront complète en 1968 étaient fortement exigées dans le pays où des actions de harcèlement étaient menées inlassablement par les familles de détenus, mais aussi dans le monde, où était largement diffusé "Les Fruits de l'arbitraire" le livre de Bachir Hadj Ali préfacé par Mohamed Harbi sur les tortures subies dans les cachots de la SM.

Parmi ces détenus du 19 juin, on comptait des membres du PCA (minoritaires), des membres de l'UNEA, de la JFLN, de l'UGTA, des organisations de masse, de la gauche du FLN et de nombreux membres de l'ORP sans attaches (personnellement, j'étais en prison comme dirigeant de la JFLN, mais j'étais aussi, secrètement, membre du Parti communiste interdit). Après d'intenses discussions, les prisonniers contribueront, au même titre que les militants libres, à transformer l'ORP en PAGS, qui sera ensuite défini comme un parti communiste de type nouveau.

 

Digression. Dans les années 60, contrairement au discours officiel, malgré la répression qu'ils subissaient, les pagsistes, notamment dans les syndicats, ont fortement exigé la nationalisation des hydrocarbures qui ne sera décidée qu'en 1971.

 

Même en forçant un peu l'analyse historique, la libération des prisonniers du coup d'Etat ne peut même pas être analysées comme un signal de longue main d'un éventuel tournant du régime. Dans les faits, au contraire, après les libérations, la répression anti-démocratique et anti-pagiste, ainsi que les interpellations s'intensifient sur le terrain. Ces pressions visaient notamment à empêcher notre action en faveur de progrès démocratique au service des revendications sociales-ou sociétales comme les droits des femmes. Le pouvoir engageait donc la 2ème caporalisation des syndicats (1968-1969), puis la dissolution de l'UNEA en janvier 1970, une année avant la nationalisation.

A partir de 1971, après cette nationalisation des hydrocarbures, et dans la foulée la promulgation des ordonnances sur la "révolution agraire" et sur "la gestion socialiste des entreprises", les pagsistes se sont efforcés de combiner la lutte pour l'application de ces mesures dans ce qu'elles avaient de fécond, avec l'intensification des luttes démocratiques et sociales.

Loin de l'esprit de tractation ou de calculs immédiats, ce que nous appliquions, c'était une ligne stratégique transparente que nous avions rendue publique dans l'initiative unitaire stratégique de juin 1968, trois ans avant les nationalisations. Cette "dualité féconde" est sans doute le trait historique le plus original du PAGS, qui fonde une sorte de philosophie politique constructive, benaya, qui manque cruellement dans notre pays, aujourd'hui au prise avec l'esprit de faction tous azimuts et les combinaisons qui vont avec.

Dans les années 70, nos adhérents ont fortement contribué à organiser la mobilisation des salariés en faveur de la bonne gestion des entreprises publiques au services des "tâches d'édification nationale", pour le "développement indépendant des forces productives". Dans le même temps, nous avons affronté les instruments répressifs du pouvoir en impulsant de manière efficace un nouvel élan de rénovation des syndicats, amorcé au milieu des années 70 par les grèves des sidérurgistes et des cheminots. Les choses se sont poursuivies dans un processus prometteur de démocratisation de la centrale UGTA elle-même.

Cette évolution démocratique est le fruit de luttes démocratiques indépendantes et non de mesures d'"accompagnement" octroyées par le pouvoir en échange d'un soutien à la nationalisation. En rappelant nous ne perdons pas de vue le rôle spécifique de Boumediene. Je me souviens, avant sa mort, de ce discours, à la salle Harcha, le 1er mai 1977, où il s'était publiquement engagé au nom de la "direction révolutionnaire" à subordonner son action à "l'assentiment de la classe ouvrière". C'était un langage nouveau! Ce rôle positif de Boumediene sera confirmé, à contrario, dès l'intronisation du nouveau président. La 3ème caporalisation de UGTA qui sera alors déclenchée dure encore aujourd'hui sous l'inusable Sidi-Saïd (jusqu'à quand?), après avoir passé l'écueil de l'après-1988. La camisole des services a remplacé plus efficacement celle du parti unique.

 

S. A., 6 mars 2014

 

*Membre de la direction du Pads, petit groupe de vétérans issu de l'implosion du Pags, William Sportisse est aussi un des principaux actionnaires du journal Alger-Républicain, actuellement en veilleuse, sans que l'on sache si cela relève de l'option délibérée ou de l'impuissance. M. Sportisse n'a occupé aucune responsabilité nationale dans le PAGS clandestin, dont il analyse avec assurance les rapports avec le pouvoir. Il raconte à propos de sa non appartenance à la direction du Pags: "Je n'ai jamais questionné mes camarades du PAGS à ce propos pour la simple raison que je considérais que la présence d'un militant dans une direction relevait du choix de ses camarades". Curieusement, Il précise, mais sans en être "certain" : "Mais je n'exclus pas non plus que les pressions exercées de l'extérieur du parti ont pu conduire à des positions d'étroitesse nationaliste pour éviter dans les directions la présence de militants de mon origine". (W. Sportisse est d'origine juive). Il est vrai que la question perfide et très people du journaliste est un vrai piège à égo nonagénaire: "A votre retour à Alger, vous êtes cadre dans une société nationale. Par contre, en ces années 1970, le PAGS ne vous confie pas de responsabilité en dépit de votre longue expérience dans le combat communiste. Pourquoi?"

 

Photo : Pierre Pytkowicz pour l'Humanité

Photo : Pierre Pytkowicz pour l'Humanité

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SPORTISSE michel 19/07/2015 11:02

Etant le fils de William, je ne reprocherai pas à Saoudi Abdelaziz que je ne connais pas, le fait d'avoir émis une opinion contradictoire avec celle de mon père. D'autant que, très souvent, je trouve que William simplifie. Le régime Boumediène était viscéralement anticommuniste. Les mesures soi-disant progressistes ; il faut quand même les analyser d'un peu plus près ! A vrai dire, les arrestations opérées dans les milieux marxistes et de gauche en Algérie n'étaient que le prolongement de la politique déjà fortement anti-européenne de Ben Bella. Je n'ai personnellement aucune sympathie particulière pour aucun dirigeant algérien pour la simple raison qu'ils sont réfractaires à toute idée démocratique. Ils sont plus en odeur de sympathie avec les islamistes qu'avec les démocrates. Etre indépendant ne signifiait pas qu'on soit anti-européen. Or, le marxisme est une idée qu'ils ne cessent de considérer comme spécifiquement européenne. Les dirigeants arabo-musulmans s'estiment différents et au-dessus de cela. Bien mal leur en prendra. Mais, l'Algérie et plus globalement l'Afrique du nord est-elle vraiment arabo-musulmane ? L'Histoire indique que cela n'est pas aussi tranché que cela.

Adimi 29/03/2015 00:06

L'implosion du PAGS en1990-91 est la plus grande desillusion de la classe ouvriere et des masses laborieuses en Algerie.