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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"Le capital "inoccupé" veut s’occuper, les groupes possédants veulent continuer à s’enrichir, à faire de l’argent. Pour cela il leur faut mettre la volonté de l’Etat à leur disposition, l’orienter à leur guise. Pour parvenir à mettre sous le contrôle du capital tous les processus économiques et soumettre à la discipline du capital toute l’économie, il faut donc privatiser l’Etat"

 

Comment sortir du sous-développement, la question garde toute sa pertinence

Par Abdelatif Rebah, 19 février 2014

 

Extraits

(...) Ces trente années de réformes pour faire « basculer » l’Algérie dans l’économie de marché, c’est-à-dire dans le capitalisme, n’ont pas produit, en effet, que l’impasse. Il en a émergé une nouvelle réalité politique, économique et sociale, dont il faut identifier les traits caractéristiques essentiels.

Il importe d’analyser les contradictions à l’œuvre dans la décomposition du projet de développement national autonome, engagée depuis une trentaine d’années. Il me semble nécessaire, pour cela, de partir des processus de différenciations sociales qui opèrent crescendo depuis le début des années 1980 avec la montée d’un groupe d’acteurs du capitalisme :les patrons du secteur privé, les entrepreneurs de l’ économie parallèle, les groupes d’entrepreneurs issus de la conversion des élites économiques du secteur d’Etat et des élites politiques/nomenklatura enrichie grâce à la transformation des rapports de propriété dans l’agriculture, aux privatisations, aux cessions, ventes de biens publics, à la libéralisation du marché foncier et immobilier, les élites mondialisées, l’embourgeoisement de la bureaucratie politico-administrative et des élites militaires .. On va le dire un peu à la manière de l’ex premier ministre S.A. Ghozali : « le système, les forces de l’argent, pratiquement nulles il y a trente ans, sont devenues tellement puissantes qu’elles en sont désormais partie prenante… ».

A l’autre pôle, une population de journaliers et d’occasionnels prend le pas sur la population salariée, contribuant au développement de la précarité sociale et à l’extension des phénomènes de pauvreté, le tableau social s’aggravant nettement dans les zones et régions situées en dehors des métropoles urbaines et minées par le chômage et la mal-vie.

La mutation progressive de la nature sociale de l’Etat amorcée avec la venue de Chadli au pouvoir semble rentrer dans la phase décisive d’asseoir l’hégémonie libérale sur l’économie et le pouvoir. A présent, le poids croissant dans les décisions économiques, sociales et politiques des cercles de riches sortis de l’ombre a atteint un seuil tel que ces forces veulent en finir avec cette contradiction entre l’existence économique et l’inexistence politique et sociologique.

 

Laissons Abed Charef, journaliste au Quotidien d’Oran, l’exprimer de manière ouverte, sous un titre volontiers accrocheur."Les privatisations reprennent discrètement, sous l’appellation de « prise de participation ». Le patronat jubile.

"Un groupe privé algérien, Benamor, a pris le contrôle de l’ERIAD Corso. La transaction n’a pas soulevé de tempête. Elle a même été plutôt bien accueillie. Du coup, le Forum des Chefs d’Entreprises s’en est emparé, et veut aller plus loin. Il a annoncé que de nombreuses opérations similaires vont être lancées pour redynamiser l’activité économique du pays… La CNEP, qui croule sous les liquidités, pourrait acheter des parts chez Cevital ou chez Uno. Cela permettrait au propriétaire de Cevital de disposer de fonds frais pour se lancer dans de nouveaux projets.

"C’est une voie comme une autre pour associer le dynamisme des entrepreneurs privés, leur débrouillardise, leur sens des affaires, et leur aptitude à gagner de l’argent, aux les capacités financières des entreprises publiques et à leur patrimoine. Une option qui permet de booster l’investissement, d’amener progressivement le secteur privé à une gestion plus transparente, de pousser l’entreprise publique à mieux s’adapter au marché, pour déboucher, en fin de parcours, sur une économie mixte, avec des participations croisées. Une économie comme il en existe partout dans les pays avancés, comme dans les pays émergents.

" Mais l’opération risque de capoter, ou de déboucher sur de nouveaux scandales, tant que le préalable politique n’est pas réglé.
"La formule est même ce qui pouvait arriver de mieux à l’Algérie dans le contexte actuel. Pour une raison simple. Les entreprises privées algériennes n’ont pas l’envergure nécessaire pour assurer la croissance souhaitée. L’industrie algérienne, rappelons-le, ne représente que 4.6% du PIB en 2012. Quel que soit leur effort, les entreprises privées ne pourront développer ce secteur à un niveau acceptable dans la décennie à venir. Quant aux entreprises publiques, elles n’ont pas le dynamisme nécessaire pour jouer ce rôle. Elles ont l’argent, les terrains, mais pas l’encadrement ni le management requis. Bureaucratisées, soumises à une tutelle pesante, elles ne sont pas en mesure de servir de locomotive. Elles risquent même de demeurer un boulet pour l’économie algérienne.

Autant donc les pousser à se frotter à des entreprises gérées autrement, en espérant qu’à terme, s’opèrera une « normalisation » par le haut. Le second écueil est le plus difficile. Il est politique. Une telle opération n’est pas possible en l’état actuel des institutions algériennes

La question politique devient une priorité absolue

Passons sur les vertus de dynamisme que le chroniqueur du QDO prête complaisamment au secteur privé, incroyables et démenties par tous les observateurs et analystes de ce secteur à commencer par leur patron Hamiani. Mais ce n’est pas, on le sait, de la qualité des arguments et de leur crédibilité que dépend la nature de la transition politique. Cet article dit, on ne peut plus clairement, ce qui est attendu de l’Etat : orchestrer un bradage des biens publics dans un marché de dupes où un secteur quasi totalement confiné dans la très petite entreprise, réputé pour son archaïsme et son inconsistance « productive », apporte du bluff contre un patrimoine et de l’argent sonnant et trébuchant. L’overclass qui dicte les conditions d’entrée dans la politique et celles de son exercice est, elle aussi, partie prenante de ces transformations des rapports économiques. Elle n’est pas un acteur politique au dessus de la mêlée, incolore socialement et inodore idéologiquement. Elle organise et supervise les processus de domination des rapports sociaux par l’argent, en veillant à ce que cela ne provoque pas d’implosion.

Il y a accumulation primitive au profit d’une minorité de gagnants de la « restructuration ». Cette redistribution des revenus, nourrie et impulsée par le mécanisme des rentes régaliennes, la prédation et le pillage et la concentration des revenus aux mains d’une minorité de « nouveaux riches », qui en résulte, ne vont pas alimenter, cependant, l’investissement, le fameux développement des forces productives. Les capitaux individuels accumulés, on le sait, ne se convertissent pas en capital industriel et financier. Mais, pour la pré bourgeoisie affairiste, si l’économie algérienne ne réagit pas "positivement" à cette redistribution des revenus, c’est parce qu’elle n’est pas capitaliste.

Le capitalisme c’est salaires, prix et profits, c’est le système de crédit, c’est les rapports marchands, les rapports de propriété basés sur la propriété privée ; Les pressions de la compétition marchande pour le profit. Il faut que les moyens de production deviennent du capital « (qu’ils soient susceptibles donc de se transformer en « capital-argent » et de rapporter du profit à ses propriétaires). Il faut que la force de travail devienne substantiellement une marchandise payée par un salaire et soumise à un propriétaire effectif des moyens de production-en détruisant toute l’illusion et tout mécanisme de « propriété collective » empêchant les licenciements et reliant les travailleurs à leur entreprise par des avantages en nature. Bref, les conditions permettant l’enfantement de ce système, le capitalisme, doivent être réunies. Le « basculement » attendu exige donc un saut qualitatif dans le changement des « règles du jeu » de l’économie qui ne peut être réalisé qu’en monopolisant le politique.

En d’autres termes, le capital « inoccupé » veut s’occuper, les groupes possédants veulent continuer à s’enrichir, à faire de l’argent. Pour cela il leur faut mettre la volonté de l’Etat à leur disposition, l’orienter à leur guise. Pour parvenir à mettre sous le contrôle du capital tous les processus économiques et soumettre à la discipline du capital toute l’économie, il faut donc privatiser l’Etat (...).

Texte intégral : raina-dz.net

 

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