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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le 11 février dernier, Barack Obama a exprimé son « énorme frustration »  sur l’évolution de la situation en Syrie. Changement de politique en vue? "Difficile de savoir si l'évolution est réelle ou s'il s'agit surtout d'une mise en scène" écrit, sur son blog, Corine Lesnes, la correspondante du Monde à Washington.

 

18 février 2014

 

C'est l'expression du moment. Barack Obama a demandé à ses collaborateurs "de réfléchir aux différentes options qui pourraient ou ne pourraient pas exister" en Syrie. - "Various options that may or may not exist".

Cette affirmation de John Kerry, le secrétaire d'Etat, a l'air absurde, comme le relève Richard Cohen dans sa chronique du Washington Post ("Imaginez les nuits d'insomnie des partisans d'Assad à se demander en quoi peuvent bien consister ces options inexistantes", ironise-t-il...)
Mais elle traduit bien le dilemme dans lequel se trouve une nouvelle fois Barack Obama. Sachant qu'une option, en particulier,  "n'existe pas": l'intervention directe de l'armée américaine.

Trois ans après le début de la guerre, la Maison Blanche reconsidère sa politique syrienne.  Le 11 février, Barack Obama a exprimé son « énorme frustration »  sur l’évolution de la situation. Il a demandé à ses collaborateurs de réfléchir à une nouvelle approche. Sa conseillère à la sécurité nationale Susan Rice a profité du week-end à Rancho Mirage, en Californie, après la rencontre avec le roi Abdallah de Jordanie, pour organiser une session de réflexion sur la politique syrienne.

La Maison Blanche a pris acte qu’elle ne pouvait plus se retrancher derrière les pourparlers de paix I, II etc... Pour la première fois depuis l’été, elle reconnait qu’une évolution est nécessaire. Barack Obama a lui -même indiqué que « des mesures intermédiaires » pourraient être prises pour « exercer une pression accrue » sur Bachar al-Assad. Il s'est interrogé  tout haut sur la possibilité de "dupliquer" la stratégie de menace de recours à la force qui avait amené en septembre à l'accord sur les armes chimiques.

Un « large éventail de mesures et d’options sont à l’étude », a affirmé un haut responsable sans autre précision. Une nouvelle fois, le Pentagone a été sollicité pour apporter de « nouvelles idées ». Selon le Wall Street Journal, les "options" vont du renforcement du soutien aux rebelles (équipement et entrainement)  à la mise en oeuvre des fameuses "no fly zones" réclamées par les interventionnistes depuis deux ans. Pas de changement, donc, sinon que figurerait parmi les options un accord donné à l'Arabie saoudite pour la livraison de missiles sol-air (malgré le risque de les voir tomber aux mains des associés d'Al Qaida).

Difficile de savoir si l'évolution est réelle ou s'il s'agit surtout d'une mise en scène pour avoir l'air de répondre à une urgence humanitaire criante. La Maison Blanche minimise la réflexion en cours pour ne pas être prise de nouveau dans l'escalade de l'été qui avait rendu les frappes quasi-inéluctables jusqu'à ce que Barack Obama arrête tout en proposant de chercher l'appui du Congrès. En même temps, le directeur du renseignement James Clapper a dramatisé la situation, parlant de "désastre apocalyptique", comme si, lui aussi, préparait le terrain à un changement de politique.

Le débat qui avait suivi l’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad l’an dernier a repris à l’identique à Washington. Il oppose ceux qui estiment que le bilan de Barack Obama risque d’être nettement terni s’il laisse se poursuivre un conflit qui a maintenant fait plus de 140.000 morts. Sandy Berger, par exemple, l’ancien conseiller de Bill Clinton, a réclamé des frappes contre l’aviation du régime. Roger Cohen conclut son article par un cinglant "Do something !"- "Traîner est devenu la marque de la politique étrangère d'Obama. Il peut faire tous les discours qu'il veut mais sa confusion et son indécision sont ce que les autres dirigeants notent et ce que l'Histoire retiendra. Maintenant, si tard, il a demandé des propositions. En voici une: Faites quelquechose"!

De l’autre côté, les réalistes comme Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller de Jimmy Carter, opposé à toute intervention unilatérale qui plongerait les Etats-Unis au milieu d’une guerre confessionnelle. « Nous somme face à un problème régional. Si nous intervenons, ce sera notre problème régional », a-t-il de nouveau mis en garde lundi. "Si d'autres sont prêts à se joindre à nous, très bien. Mais ils ne le sont pas".

Le secrétaire d’Etat John Kerry a vivement critiqué la Russie. Mais pour Brzezinski, là aussi, c'est une attitude contre-productive. Selon lui les "trois problèmes potentiellement explosifs" que sont la Syrie, l'Iran et l'Ukraine, nécessitent d'essayer de conclure un "marché global" avec la Russie. « Si faisons exploser l’accord sur l’Iran et aggravons la situation en Ukraine, qu’aurons-nous accompli ? Je crains que l’on aille d’un extrême à l’autre », a-t-il estimé.
Le 11 février, Barack Obama a lui-même rappelé que son dilemme reste entier. « Je me réserve toujours le droit de recourir à une action militaire au nom de l’intérêt de la sécurité nationale, a-t-il indiqué. Mais cela doit être fait à bon escient ». Pour David Axelrod, son ancien conseiller en stratégie, le président est tourmenté entre son tropisme humanitaire et le « peu d’intérêt » de l’opinion pour une implication en Syrie. « Le pays veut qu’il se concentre sur l’économie », a-t-il indiqué sur la chaine MSNBC.

Un élément pourrait être mis en scène pour changer l’équation: l'introduction de la notion de l’intérêt stratégique américain. Devant le congrès, le directeur national du renseignement James Clapper a quantifié l’état des forces d’Al Qaida dans le pays. Les combattants de l’opposition syrienne sont de 75,000 à 115,000, répartis en quelque 1500 groupes d’obédience variée. « De 20.000 à 26.000 sont à nos yeux des extrémistes », a-t-il dit. Quelque 7.500 combattants étrangers originaires de 50 pays sont des anciens d’al Qaida en Afghanistan et au Pakistan « qui aspirent à attaquer l’Europe et les Etats-Unis ».

Source: clesnes.blog

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