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Trois après sa création, « au Maroc le mouvement du 20 février bouge encore ». C’est le titre d’un reportage de Ilhem Rachidi sur le site Mediapart. Voici sa conclusion.

 

RECUPERATIONS

 

L’histoire du mouvement, c’est aussi une série de récupérations politiques. Après le succès de la première journée de manifestation nationale en février 2011, des jeunes de toutes tendances politiques ont afflué vers les coordinations locales du mouvement.

Des oppositions se sont ensuite déclarées au sujet de la plateforme de revendications, basée sur les discussions des internautes sur Facebook, et publiée dès le 15 février 2011. Très rapidement, un nouvel objectif a émergé, déjà discuté auparavant sur les groupes Facebook : la monarchie parlementaire. Il ne figurait pas parmi les revendications officielles du mouvement. Ses défenseurs affirment qu’il fallait définir le rôle de la monarchie.

Mais ceux qui ont rédigé la plateforme considèrent que ce débat, qui, pour eux, ne concernait pas le mouvement, a été « imposé » par les jeunes issus des partis politiques de gauche tels que le PSU, le PADS et l’USFP. « Nous avons analysé les revendications et rédigé la plateforme qui a déplu à beaucoup de partis politiques qui ont voulu nous instrumentaliser et ont voulu la changer, se souvient Aballagh. Nous ne voulions pas définir de projet politique. C’était le rôle de l’intelligentsia politique. Nous étions un mouvement qui devait faire pression sur le système. Nous réclamions une constitution qui donne la souveraineté au peuple : une constitution démocratique. Les nouveaux arrivants ont été envoyés par leur parti politique afin d'essayer d’imposer au mouvement le point de vue de leur parti. Tous ceux-là étaient d’accord sur le titre de "monarchie parlementaire", même s'ils n’étaient toutefois pas d’accord entre eux sur ce que ça représentait vraiment. »

Le rôle des médias pour mettre en avant cette revendication de monarchie parlementaire a été prépondérant, soulignent plusieurs militants, « pour qu’on paraisse comme une minorité radicale contre le roi ». Akrouid, qui a aussi participé aux négociations lors de la rédaction des revendications, accuse : « Les partis réformistes et les médias, ce sont eux qui ont mis une ligne rouge pour ne pas demander plus dans une période où la conjoncture était favorable. »

Alors même qu'il fustigeait le Mouvement 20-Février, le PJD est, selon de nombreux observateurs, le parti qui a tiré le meilleur profit de la vague de protestation, son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, devenant même, plus tard, le chef du gouvernement marocain. Si le parti n’était pas officiellement présent lors des manifestations, le mouvement Baraka, issu de la jeunesse du PJD, y a participé très tôt, avec des slogans ayant comme principale cible le Parti authenticité et modernité (PAM), son adversaire politique.

« Ils ont changé les objectifs du mouvement. On s’est mis à parler du PAM comme du diable mais le PJD aussi est le diable, affirme Aballagh. Nous somme sortis pour nous opposer à la corruption d’où qu’elle vienne. On voulait une séparation des pouvoirs et que les corrompus soient jugés, que ce soit un voleur avec une barbe ou un short. La guerre dans laquelle le PJD nous a fait entrer contre le PAM, c’était une guerre dont il allait tirer profit. »

La protestation initiée voilà trois ans a néanmoins donné un souffle nouveau à la lutte des diplômés chômeurs et aux mouvements estudiantins. Elle a inspiré de nombreux mouvements sociaux à Taza, Marrakech, Beni Bouayach, entre autres, où les manifestants scandent les mêmes slogans. « Le 20 février est venu pour remuer la rue et le peuple pour qu’il acquière une conscience politique et sociale, lance Akrouid. Ça, le mouvement l’a fait bien mieux que les partis politiques ! » Militant du mouvement de la première heure, Nabil Belkbir est impliqué dans un nouveau projet, l’Union des étudiants pour le changement du système éducatif (UECSE), créée en 2012 et présente dans de nombreuses villes comme Tanger ou Fès. « J’ai découvert le militantisme avec le Mouvement 20-Février et c’est ça qui a fait que je suis avec l’UECSE. Maintenant, on est habitués à avoir la parole. L’UECSE est une continuité du Mouvement 20-Février, des luttes de l’UNEM. Beaucoup d’étudiants ont appris le militantisme avec le Mouvement 20-Février puis nous ont rejoints, explique Belkbir. Le Mouvement du 20-février m’a ouvert les yeux sur l’importance de la lutte pour la démocratie, de la participation active qu’il nous faut avoir dans la vie politique du pays. Il a permis de consolider un réseau de jeunes activistes partout au Maroc. » Quels sont donc, aujourd’hui, les acquis du Mouvement 20-Février ? « C’est que nous avons initié un mouvement, répond Aballagh. Le Mouvement 20-Février a réveillé le peuple, il a donné le droit au peuple de rêver ! En même temps, il a secoué le Makhzen et lui a dit : "La situation d’avant le 20 février, on ne l’accepte plus." Le Mouvement 20-Février, c’est le moment où le peuple a commencé à bouger, même doucement. »

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