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Publié par Saoudi Abdelaziz

La déclaration de Mouloud Hamrouche fait la une dans presque tous les quotidiens ce matin.

 

"L’homme du recours ?" s'interroge Hacen Ouali   dans  El Watan. "Ancien militaire reconverti en politique, Mouloud Hamrouche a été de tout temps présenté comme un sérieux présidentiable. Il pourrait être aujourd’hui le candidat le mieux placé pour incarner la perspective politique qu’il formule. Le fera-t-il ?"

Le journal arabophone El Khabar cité par TSA a posé à Hamrouche la question de la candidature, « Je ne vais pas me présenter si l’armée présente un candidat »,  qui rapporte en substance ses propos indique en substance :  "qu’il ne faut pas se concentrer sur la présidentielle mais sur les chantiers qu’il faut ouvrir à partir du 18 avril. Ces derniers ne se réaliseront qu’en respectant un nombre de règles dont la nécessité du rejet du pouvoir absolu et la pratique du pouvoir dans l’ombre de la loi et du contrôle pour assurer les droits et intérêts de tous les groupes et de toutes les parties du pays".

"Hamrouche sera-t-il le candidat parfait pour sortir de l’impasse ?" titre Echourouk, l'autre grand quotidien arabophone. Mohamed Meslem s'interroge : "Quelle est la relation entre le communiqué de Hamrouche et le rapprochement entre le FFS et le pouvoir? Est-ce que ce communiqué rejoint celui d’El Ibrahimi et de Benyelles  et de Ali Yahia Abdennour à l’approche de l’échéance du 17 Avril prochain ? Hamrouche, sera-t-il le candidat du consensus désigné par les parties en conflit au sommet du pouvoir ?"

Dans Reporters-dz Meziane Charef reste dans la même veine: "Intervenant au lendemain de la sortie du FFS, un parti dont on dit proche de l’ex-chef de gouvernement, lequel a rappelé que "toutes les options sont sur la table",, à quelques jours probablement de la sortie du président Bouteflika, nul doute que cette sortie de Hamrouche participe d’une initiative  politique d’importante, dont la réelle alternative est de proposer un nouveau contrat politique et social pour l’Algérie".

Bémol. "Une déclaration d’une prudence de loup, écrit Yacine K. dans Le Matin (...) Au-delà du constat et des dangers rappelés ailleurs par d'autres acteurs de la scène politique, il n'y a rien de révolutionnaire dans cette déclaration. A moins que l'ancien premier ministre nous réserve une surprise".

Dans l'Expression qui titre à la une "Le débat sur la présidentielle s'emaballe, Hamrouche dans l'arêne", Karim Aimeur reste dans aussi dans l'expectative:  "Certains observateurs prédisent que la déclaration de Hamrouche balise le terrain à une annonce autrement beaucoup plus importante. Mais laquelle? Estime-t-il qu'il peut jouer le rôle de l'homme providentiel et prétendre à un destin national? Les jours à venir nous renseigneront davantage sur les desseins inavoués de Mouloud Hamrouche".

Journaliste proche du sérail, Ghania Oukazi donne un scoop dans le Quotidien d'Oran : "L'on apprend de sources sûres que Mouloud Hamrouche a été, ces derniers jours, l'hôte de deux importants acteurs dans ce jeu, le général de corps d'armée, le général major Gaïd Salah et Saïd Bouteflika, le frère du président de la République(...) Gaïd Salah et Saïd Bouteflika l'ont rencontré pour, selon nos sources, lui proposer d'être candidat à la prochaine élection présidentielle". Elle annonce : "La carte Hamrouche est aujourd'hui avancée pour être abattue dans les tout prochains jours. «Dans les prochaines 48h», dit-on". Elle évoque un " pacte entre Bouteflika et Hocine Aït Ahmed". Comme pour les autres journalistes accrédités auprès des sources sûtres, à l'usage, les tuyaux de Mme Oukaci se sont avérés crévés 9 fois sur 10, mais comment résister à ces récits people, écrits "comme si vous y étiez".

L'éditoraliste du même Quotidien d'Oran prend plus de hauteur. K. Selim conclut son éditorial :  " L'ancien chef de gouvernement était de toute façon considéré, qu'il le veuille ou non, comme un candidat possible dans le cas où Bouteflika ne rempile pas. Pourtant, la gravité de son propos montre que l'enjeu est plus lourd : comment réaliser, sans dégâts, un changement inéluctable ? Comment le réaliser, par les Algériens, sans attendre qu'on vienne nous réformer de l'extérieur ? Comment sortir du discours lénifiant de la «stabilité» alors que le statuquo et l'immobilisme sont de vraies menaces ? C'est une sortie éminemment politique qui vient relever la qualité du débat politique. Mouloud Hamrouche énonce publiquement avec beaucoup de responsabilité les normes et les conditions d'un nouveau contrat politique pour remettre l'Algérie en marche et la réconcilier avec son histoire. A défaut d'être entendu, il aura au moins avertié".

 

Hamrouche explique sa déclaration à El Kadi Ihsan

 El Kadi Ihsan  rapporte ce matin dans maghreb Emergent "l'explication de texte" que lui a confié l'ancien chef du gouvernement, dont il est l'un des proches. Nous en donnons de larges extraits

"Mouloud Hamrouche ne se serait sans doute pas exprimé ce lundi par communiqué de presse si la situation n'était pas en train de "virer dangereusement à la confrontation au sein des institutions de l'Etat". Jusqu'il y a quelques semaines le pronostic qu'il avait fait à son entourage l'été dernier s'était avéré juste : le président Bouteflika sera tenter de se succéder à lui-même en dépit de son AVC, et l'élection d'avril 2014 n'en sera pas une. C'est d'ailleurs ce qui fonde son choix de ne pas commenter l'actualité politique. Encore moins d'en redevenir un acteur public. Sa candidature n’était donc pas à l'ordre du jour. Rien de nouveau sous le soleil. Mais voilà que les évènements dérapent, car l'ANP (Armée nationale populaire), par speakers interposés, se déchire sur le scénario du 4ème mandat. Et là, Hamrouche s'accable de voir que "toute l'accumulation des crises dans l'histoire de la révolution puis de l'édification de l'Etat ne servent finalement à rien aujourd'hui. Les acteurs de l'époque, dans l'armée et dans l'Etat, savaient construire des consensus et faire avancer le pays. Le système en est devenu incapable. Ce n'est pas parce que les hommes ont moins de valeur. C'est parce que tout simplement le système en tant que tel ne veut pas comprendre qu'il est arrivé à sa fin. Avec toute la puissance des moyens dont il dispose, il a échoué à présenter un candidat à la présidentielle". C'est dire si l'heure est arrivée de penser à comment passer la main pour ceux qui tiennent le manche dans le cockpit et qui n'ont pas "assez réfléchi au cap qu’ils devront donner au pays le 18 avril au matin".

"Les lignes rouges sont ailleurs"

Un système qui fait tout pour se prolonger au-delà de son terme devient un vrai risque pour la sécurité nationale. "Les lignes rouges ne sont pas celles que l'on nous proposent en ce moment, elles sont ailleurs. Pour la première fois depuis 1962 j'ai le sentiment que les intérêts de quelques groupes vont être ignorés" lors de la reconduction du statu quo. Cela rend l'ancien chef du gouvernement grave. "Est ce que l'on mesure bien l'incompréhension de la génération qui au sein de l'ANP ou de l'Etat devait arriver aux hautes responsabilités et qui va réaliser qu'historiquement elle passera son tour ?". Mouloud Hamrouche s'interroge si l'exemple Libyen interpelle quelqu'un chez les responsables algériens : "un système totalement autocratique qui reposait sur d'immenses moyens financiers a déstructuré son armée, alors même que le pouvoir en était issu" tombé dans un immense fracas. Aujourd'hui la prolongation à tout prix du système de pouvoir algérien se fait au prix d'une précarisation de l'ANP. Cela est devenu suffisamment alarmant pour le faire sortir de son mutisme, lui qui aime encore rappeler qu'il est "militaire et homme d'action" plus qu’"homme politique". Mais cela n'est-il pas un peu tardif ?  Dans sa déclaration à la presse Mouloud Hamrouche ne parait pas obnubilé par la date du 17 avril. Il a même une formule audacieuse "au-delà de la présidentielle, indépendamment du fait que le Président soit candidat ou pas" qui pourrait prêter à équivoque si elle n'était pas liée à l'annonce de l’arrivée irrémédiable "de nouvelles générations aux postes de responsabilité". Dans la précision de sa pensée, avec le 4e mandat nous serions, - avec une dramatisation de l'impasse - encore plus près de "nouvelles victimes" que de "nouvelles opportunités".

Poser la vraie question

Mouloud Hamrouche peut-il être suspect de complaisance avec le projet d’Abdelaziz Bouteflika de briguer un 4ème mandat ?  En réalité, il veut, comme à son habitude, aller au-delà et refuse de se laisser enfermer dans le débat pour ou contre le 4ème mandat - même s'il admet que la logique de la violation permanente de la constitution arrive désormais à ses ultimes outrances. Il demande alors solennellement aux belligérants de ne pas se déchirer pour une histoire d'homme mais de se poser la vraie question de la mutation du système autoritaire. De voir dans la crise aussi une opportunité. "Nos dirigeants dans les maquis n'aimaient pas les débordements de foule. Ils avaient été marqués par le 08 mai 45. Trop de sacrifices, résultats incertains, voir contre-productifs. Ils privilégiaient donc l'organisation, la discipline et le compromis. Après l'indépendance, ils connaissaient le prix humain des conflits". En plus de perdre son souffle, le système a t'il perdu sa mémoire ? Par sa sortie Mouloud Hamrouche a surtout voulu rappeler que le 18 avril, au lendemain d’une non-élection, il faudra bien mettre en route un projet politique qui soit autre chose que de la dépense publique préventive.  Ce projet n'existe pas. Il faudra bien admettre alors que, 25 ans après octobre 88, l'Algérie "écervelée" se dirige vers la case des "nouvelles victimes".

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